Cherain
Nombre d’habitants : 152
Étymologie : Selon Tandel, Cherain signifierait “la demeure dans le creux de la vallée”. La tradition populaire est tout autre : “Après la destruction, à une époque inconnue, du village primitif (Sale) les habitants rescapés refusèrent, par superstition, de reconstruire leurs maisons au même endroit que précédemment. Ils se dirent entre eux : “Tchèrians pus long, nos l’loum» rans Tchèrin !”, ce qui signifie “Allons plus loin, nous l’appellerons Cherain”. Le village fut reconstruit à l’endroit qu’il occupe aujourd’hui. (Cf. R. Felten).

Il semble que Cherain ait été rattaché très tôt, au plus tard dès le début du 13e siècle, au domaine de Houffalize dont les seigneurs furent de fidèles vassaux des comtes de Luxembourg.
Le village de Cherain constitue encore aujourd’hui un bel ensemble architectural classé. Nombre de maisons remarquables ont été et sont encore rénovées par leurs propriétaires dans leur style d’origine. La façon de faire la plus traditionnelle est de les maintenir ou de les remettre en blanc.
On remarquera plus particulièrement les habitations regroupées autour de la place de l’église, récemment rénovée, aménagée avec bonheur et ponctuée par un chêne vénérable et un étonnant monument aux victimes des deux guerres.
Non loin de l’église, à la sortie du village, à gauche en direction d’Houffalize, le moulin de Cherain présente sa masse basse et trapue, flanquée d’une bâtisse carrée constituant le corps de logis, pus récent. Le moulin de Cherain était l’un des quatre moulins banaux (avec ceux de Houffalize, Les Tailles et Montleban) appartenant au seigneur de Houffalize et dans lesquels les habitants avaient obligation de faire moudre leur grain. Son existence est déjà attestée par un record daté de 1564. L’imposante roue à aubes métallique est toujours visible à droite du bâtiment, sous appentis. Les flots limpides de “l’eau de Cherain” coulent toujours dans le bief qui alimentait la roue en passant sous la chaussée.
Le moulin fut en activité tout au long du 19e siècle. En 1916, on lui ajouta une seconde roue afin de produire de l’électricité. Il a cessé de fonctionner définitivement en 1971. De souvenir familial, la mécanique disposée sur trois niveaux et encore en place, date de la seconde moitié du 19e siècle et proviendrait d’un moulin du sud de la province de Namur. Dans des gravats, au pied du mur postérieur du moulin, on a retrouvé deux pièces de monnaie, l’une à l’effigie de Louis XV, l’autre à l’effigie de Louis XVI, datée de 1785.
En 1613, les seigneurs de Houffalize donnent bail à “Jean Jacques de Lomrey, le moulin et huyssinne de Cherain, pour un terme de 6 ans, moyennant le payement annuel de six livres de gingembre et quatre de poivre, deux livres de cire, douze florins, douze chapons et un demi-muid de farine d’avoine, et trente-deux muids de soie (seigle), mesures de Houffalize”.
Méritent le détour : les maisons Désert, Blaise, Choffray (linteau de porte mentionnant 1786), Gaspar, Lamboray, Gérard, Deumer-Raskin, Cornélis.
Des us et coutumes à Cherain à la fin du 19e siècle.
M. Burnet, instituteur à Cherain, écrivait en 1877 :
“Les mœurs des anciens habitants sont encore assez rustiques. Ils conservent religieusement certaines habitudes de leurs aïeux. Ainsi, le voiturier ne conduira pas sa voiture, le meunier ne moudra pas, la fileuse laissera là son rouet, … bref, aucune roue ne tournera le jour de la Ste Catherine, parce que celle-ci a été rouée.
Le Mardi gras, au soir, on brule devant sa maison une botte de paille. Ces feux sont appelés des schirâttes - feu de courte durée -. Le dimanche suivant au soir, les enfants rassemblent en un tas les fagots de bois, de genêts et autres objets combustibles qu’ils ont ramassés l’après-midi dans le village. Ils y mettent le feu et font ce qu’ils appellent “le Grand Feu”. Ce dimanche est aussi vulgairement appelé “Dimanche du Grand Feu”.
À Pâques, il est aussi d’usage que les jeunes gens aillent chercher dans les maisons où il y a des demoiselles des œufs cuits durs et teints. La même chose a lieu pour les noisettes à Noël.
Le jour de certains saints, ils ne mangeront pas de pain afin d’être épargnés du mal de dents pendant l’année.”
L’église romane Saint-Vincent.

Le bâtiment fut fortement endommagé lors de l’offensive des Ardennes en 1944. De nombreuses dalles funéraires jonchent le sol du chœur et des trois nefs; l’une d’elles, en marbre blanc, à l’entrée de l’église, recouvre les restes d’un représentant de l’empereur d’Autriche.
Bien que classée depuis 1947, elle n’a toujours pas fait l’objet d’une étude architecturale complète. En 1954, une importante restauration fut réalisée, “re-romanisant” plusieurs éléments de l’église.
L’imposante tour est rehaussée d’une flèche octogonale d’ardoises dont la découpe forme le millésime 1883. L’intérieur est divisé en trois nefs séparées par de grandes arcades en plein cintre. à remarquer l’imposant ciborium de style baroque, fin 17e. Le cimetière renferme de nombreuses dalles funéraires remarquables.
Le « château » de Cherain

Succédant à une construction plus ancienne, cette demeure imposante, édifiée en 1749, est, de par sa construction en briques rouges, tout à fait exceptionnelle pour l’arrondissement. La cour intérieure, en “U”, ouverte sur la rue, présente un pavé ornemental. Les incrustations de pierres blanches dans le pavage de grès composent le millésime 1836, les initiales du propriétaire et diverses figures géométriques : Jeu du moulin, de jacquet, de marelle, et des quatre coins, ainsi qu’une représentation stylisée, probablement, des grenadiers du Premier Empire français. On accède au corps de logis, surélevé, par une double volée d’escaliers. Le perron est daté de 1842.
Cette maison était le “rendez-vous de chasse” des seigneurs de Houffalize. à remarquer : les motifs décoratifs de la couverture en ardoises naturelles des deux cheminées surplombées par des girouettes ajourées et datées, le tout restauré en 1996.
Le village de Cherain était autrefois réputé pour la qualité de ses peaux. L’ancienne tannerie à colombages, accolée à droite au corps de logis du « château », fut rasée en 1942. Il n’en reste aucune trace à l’heure actuelle. Cette tannerie qui fonctionna jusque vers 1914 produisait essentiellement du cuir pour semelles. ; un moulin à écorce, alimenté par une dérivation du canal du moulin banal lui était adjointe. Les moulins à écorces permettaient la fabrication du tan, utilisé pour le traitement du cuir, à partir des écorces de chêne, autrefois abondante dans nos régions.




