Il
y a 55 ans…
Avec HENRY KISSINGER en ARDENNE.
PAR LAMBERT GRAILET (1999)
L’asbl I.D. Gouvy adresse ses plus vifs remerciements à Monsieur
Lambert Grailet, qui, en plus de nous avoir fait découvrir
des moments essentiels de l’histoire de notre région,
nous a donné l’autorisation de reproduire intégralement
son ouvrage : « Avec Henry Kissinger en Ardenne » sur
ce site.
Lambert GRAILET, en 1989 à l'occasion du bicentenaire de
la Révolution, nous fit découvrir le destin tragique
du fils naturel de Velbrück, prince évêque vénéré de
Liège. Le Lt. Colonel Charles François Grailet (1762-1799)
tomba pour la République à la tête d'une charge
héroïque du 5e Hussard. Fruit d'une longue et persévérante
recherche, cet ouvrage révélait le côté original,
fouillé et inédit qui caractérise toutes les
publications de l'auteur liégeois.
Pour la commémoration (1994-95) du cinquantenaire de la Libération
et de la Victoire, Lambert GRAILET fit paraître une SERIE «V» de
trois études, aux thèmes si inattendus qu'elles apportèrent
un éclairage nouveau sur les armes secrètes allemandes
utilisées dans les derniers mois de la guerre. La renommée
de cette trilogie fit connaître notre auteur à l'étranger :
- Liège sous les V 1 et V 2 : « On
n'avait connaissance que d'un pan de la vérité. Le
bilan des chutes sur la Cité ardente est revu à la
hausse. Plus de 2000 personnes en auraient été victimes ! »
- Première mondiale pour le V 2 sur Paris : «L.
Grailet y a consacré deux ans de recherches ... L'historique
du premier V 2 opérationnel, lancé depuis l'Ardenne
belge, passionnera nos lecteurs».
- Le V 3 harcèle Luxembourg « La brochure
de L. Grailet est sérieusement recherchée, dotée
de références bibliographiques et illustrée
par des photos, des cartes et des dessins techniques».
En 1998, pour rappeler la dernière «ruée vers
l'or» dont l'Ardenne-Eifel avait été le théâtre
il y a cent ans, Lambert GRAILET publiait un condensé des
archives qu'il rassemblait depuis plus de vingt ans, sur un sujet
des plus passionnants : DE L'OR EN ARDENNE. Si l'énoncé du
titre suscite l'idée d'un récit où légende
et folklore dépasseraient la réalité, c'est
au contraire à l'élaboration d'un dossier extrêmement
fouillé que l'infatigable chercheur s'est livré. L'auteur
y étaye son raisonnement à l'aide de 200 notes et références
de qualité historique et scientifique, de témoignages
fiables, d'une vulgarisation qui met son texte à la portée
du profane, mais aussi d'une iconographie explicative et probante.
La présence du métal précieux, dans le sous-sol
de l'Ardenne belge, n'est pas un mythe, mais une réalité !
En l'an 2000, Lambert GRAILET nous propose une SERIE « Fastes » qui
maintiendra le caractère original et inédit de ses
précédentes publications à succès. Cette
trilogie débute avec « HENRY KISSINGER EN ARDENNE » ...
C'est la description du contexte difficile et périlleux au
sein duquel la destinée d'un futur «grand de ce monde» prendra
son envol. Celui qui deviendra Prix Nobel de la paix en 1973 était
alors simple G.I. de la modeste compagnie « G», au 2e
bataillon du 335e régiment de la glorieuse 84e division d'infanterie
américaine.
Pas à pas et jour par jour, en suivant les fastes de cette
petite unité, emportée dans les aléas de la
reconquête du Saillant offensif, l'auteur met en exergue le
subtil mouvement stratégique du repli qu'exécuta l'arrière-garde
allemande, face à la menace d'un «Stalingrad» en
Ardenne. Combien fut grand le rôle joué là, par
le «goulet d'étranglement d'Achouffe » et «le
couloir des invasions N.827» !
Lambert GRAILET se complaît, une fois de plus, à nous
livrer de nombreux faits restés ignorés depuis plus
d'un demi-siècle.
Pour ne citer qu'un exemple, sait-on que «Deux Prix Nobel
de future notoriété mondiale sont passés par
BEHO (Gouvy) au cours de ses deux libérations successives :
Ernest HEMINGWAY et Henry KISSINGER !»
AVANT-PROPOS.
En mai 1981, lors d'une conférence donnée à Bruxelles,
un journaliste attentif recueillait les propos tenus par Henry A.
KISSINGER, l'un des personnages les plus importants de la politique
internationale des cinquante dernières années : «Je
suis déjà venu en Belgique... C'était avec la
84th Infantry Division, lors de la bataille des Ardennes »,
confiait-il à Marc Eyskens, alors premier ministre (1).
Tel fut le point de départ de nos recherches dont le résultat
lève le voile sur une période difficile que vécut
un simple G.I., peu différent de ses frères d'armes
si ce n'est par le fait d'avoir acquis officiellement la nationalité américaine
alors qu'il portait déjà le battle-dress des incorporés.
La famille Kissinger aurait-elle quitté l'Allemagne de 1938,
si l'antisémitisme n'y avait sévi avec tant d'acharnement ?
Son patronyme, porté par ses ancêtres les plus lointains,
provient d'ailleurs d'un toponyme hessois connu (Bad-Kissingen) et
la famille juive Kissinger ne se souvenait pas d'une autre origine
que la patrie allemande. En mai 1998, l'ancien secrétaire
d'État américain fut encore reçu en grandes
pompes, dans sa ville natale de Furth en Bavière, où il
est désormais considéré comme citoyen d'honneur à part
entière (2).
Dans un creuset de situations infernales telles qu'en connut la
Bataille du Saillant, de grands destins trouvèrent les conditions
favorables à leur envol. Dangers constants, épreuves
physiques ou morales et conditions de vie anormales constituent souvent
le tremplin nécessaire pour se hisser au-dessus des autres.
Combien de personnages importants, alliés ou Allemands, ne
sont-ils pas sortis du lot au banc d'épreuve ardennais, non
seulement pour briller dans la carrière militaire, mais encore
dans bien d'autres domaines où ils n'avaient jamais imaginé de
figurer.
Le secteur opérationnel désigné à la
84th Infantry Division, en janvier 1945, est connu depuis toujours
pour les conditions atmosphériques rigoureuses qui y règnent
en hiver. Quel climatologue contredirait l'appellation « Sibérie
belge » que l'écrivain ardennais Adrien de Prémorel
attribuait à cette « terre bréhaigne, farouche
et taciturne» que représente la vaste pénéplaine
fangeuse et brumeuse du Plateau des Tailles. Il y neige plus tôt,
plus tard et plus fort qu'en n'importe quel coin du massif ardennais,
si ce n'est en Hautes Fagnes vers Botrange. La bise polaire soufflait
sur la contrée qui environne la Baraque de Fraiture et fouettait
les combattants qui affrontaient tout autant la tempête boréale
que le feu mortel des armes ennemies. L'épaisseur de la neige
connaissait alors son niveau gênant. Le décor théâtral
d'un «enfer glacial en Ardenne» était planté.
De cette épopée, le souvenir restera gravé à jamais
dans la mémoire des acteurs alliés ou allemands qui
en réchappèrent... Mais Henry A. Kissinger a rarement évoqué cette
expérience personnelle de la guerre. Une telle pudeur est
très compréhensible de la part d'un diplomate d'envergure
dont l'oeuvre consista à éviter, dans le monde, les
conflits sanglants. C'est donc à travers les fastes et archives
de son unité combattante que nous pourrons en savoir davantage
sur la destinée de celui «qui pèsera un jour
de toute sa puissance invisible sur la politique internationale » (3).
Au docteur J.M. DEHALLEUX (Malmedy), à qui son Ardenne natale
confie tous les secrets ! Il m'a mis sur la piste du simple
GI qui devint un «grand de ce monde»...
Lambert Grailet (1999)
1. L'AMÉRICANISATION DE «HEINZ» KISSINGER.
En février 1943, alors qu'il n'avait pas 20 ans, une lettre
transformerait la vie de celui qui, jusque-là, n'ambitionnait
que de devenir expert-comptable. « Heinz », devenu Henry
aux USA, était appelé sous les drapeaux. Après
avoir prêté le serment préalable, avant même
d'avoir acquis sa naturalisation, il fut désigné pour
le Camp Craft à Spartanburg en Caroline du Nord. Notre conscrit était
peu différent des autres appelés, sauf par sa remarquable
réussite des tests d'aptitude et de sélection (4).
De ce fait, il avait été retenu parmi les plus doués
pour un programme d'études supérieures aux frais de
l'armée, dans des collèges réputés. Les
exigences de la guerre en décideront autrement : il fallait
des combattants.
En avril 1944, Henry se voyait désigné pour la 84th
Infantry Division et il rejoignait le Camp Claiborne en Louisiane,
où il connaîtra une mise en condition physique intensive
qui le retiendra tout l'été. Selon son père,
ex-enseignant au Lycée des Filles de Fürth près
de Nuremberg en Bavière, cette période le rendra très
malheureux au point de confier aux intimes qu' « il était
aigri de son propre sort». Un compagnon de chambrée
le décrira comme « un soldat solitaire qui n'adressait
pas spontanément la parole aux gens et n'établissait
pas de contact humain». À sa décharge, il faut
admettre que l'accent rocailleux avec lequel il s'exprimait à l'époque
ne facilitait pas ses relations avec des germanophobes prêts à partir
en guerre contre les Allemands et moins encore avec des antisémites
comme il en existe. Un de ses frères d'armes, présent à Houffalize
en janvier 1995 lors de la Commémoration, nous confia d'ailleurs
qu'on le surnommait «Ja» en raison de sa façon
de répondre affirmativement avec son accent bavarois.
Toutefois, c'est au Camp Claiborne qu'il va faire une heureuse rencontre
avec un personnage dont l'influence orientera son avenir. Un certain
Fritz Kraemer, avocat prussien exilé aux USA depuis l'avènement
de Hitler, était chargé d'expliquer aux recrues les
raisons pour lesquelles ils allaient bientôt se battre. Impressionné par
la personnalité de ce conférencier à monocle, à l'accent
familier, Kissinger se décida à sortir de sa réserve
habituelle. Ce Fritz Kraemer, rien que second-class, osait même
traiter à l'égal avec les plus hauts gradés !
Une solide amitié naîtra entre les deux germanophones
qui y trouveront chacun leur compte : Heinz le taciturne sortira
de ses réserves au contact de Fritz le volubile ! Si
l'un acquiert peu à peu l'aplomb nécessaire à sa
pleine intégration, l'autre se flattera toujours d'avoir décelé l'exceptionnel
esprit d'observation dont son jeune protégé fera la
preuve par la suite. En fait, son catalyseur psychologique F. Kraemer
ne cessait de lui répéter : «Tu es incroyablement
doué... Tu es quelque chose d'absolument unique» ... À travers
leurs interminables discussions dans la langue de Goethe, deux êtres
d'intelligence peu commune, deux fois compatriotes de surcroît,
s'étaient reconnus (5).
Jugée
apte à affronter les pires épreuves, la 84th Infantry
Division s'embarqua pour l'Europe en fin septembre 1944, après
s'être rassemblée au Camp Kilmer près de Philadelphie.
Les vagues insouciantes de la première libération de
l'Ardenne par les Américains exerçaient alors leur
ressac contre les falaises du Westwall, plus résistant que
les Alliés ne le supposaient. Du sentiment trop optimiste
de leur victoire prévisible à court terme, il résultera
du temps gagné par les stratèges allemands dont les
projets insoupçonnés ne crouleront qu'au prix d'une
seconde libération bien plus sanglante que la précédente
et vécue cette fois par une Ardenne affligée (6)... À la
mi-décembre, alors que l'épée de Damoclès
pendait au-dessus de notre région, la 84th Infantry Division était
en ligne au nord d’Aix-la-Chapelle. Ses trois régiments
divisionnaires, c'est-à-dire les 333e, 334e et 335e, prouvaient
qu'ils formaient désormais «une machine de guerre redoutable
et prête aux opérations de grande envergure » (7).
Sous les ordres du major général Alexander R. Boiling,
la division relevait de la 9e Armée du général
Simpson. Elle avait pour mission de réduire des bastions parmi
les plus coriaces du Westwall. Depuis leur baptême du feu du
26 novembre 1944 et au prix d'actions très coûteuses
en vies humaines, les Railsplitters (briseurs de rails) n'avaient
cessé de démontrer leur remarquable combativité face à un
ennemi qui défendait son Vaterland avec opiniâtreté.
Simple soldat mentionné comme Pfc (Private first-class),
Doughboy, à l'instar des autres appelés, le futur Prix
Nobel de la paix 1973 figurait au matricule du 2e bataillon du 335th
Infantry Regiment et précisément au rôle de la
Company G (8). Celle-ci opérait alors dans le secteur Lindern-Geilenkirchen, à l'ouest
de la rivière Rur où existaient des bastions quasi
inexpugnables de la Ligne Siegfried. Le 16 décembre 1944,
la Compagnie «G» avait pris Lindern et tenait ses positions
face à une violente contre-attaque d'un bataillon allemand,
sans doute stimulé par l'annonce de la contre-offensive Wacht
am Rhein en Ardenne-Eifel. On imagine combien pouvait alors être
utile, pour des supérieurs, d'avoir à leur disposition
immédiate un soldat parfaitement bilingue comme l'était
le Pfc Kissinger. Cette capacité enviable fut sans doute mise à profit
dès que l'unité opéra en territoire germanique.
D'ailleurs, quel officier sensé aurait omis d'en appeler aux
services d'un tel interprète, aussi intelligent et fiable,
lors des nécessités d'interroger les prisonniers ou
des civils allemands ? Mais l'unité changerait de région
linguistique.
Dans la nuit du 19 au 20 décembre 1944, la 84th Infantry
Division recevait l'ordre de quitter l'Allemagne, alors qu'elle venait
pourtant de s'emparer des villages de Würm et de Mühlendorf,
sur la Ligne Siegfried. Aussitôt relevée de ses positions
par la 102nd US Division, elle passerait de la 9th US Army à Ia
1st US Army de Courtney H. Hodges et ferait ainsi mouvement vers
Marche en Famenne. Le mercredi 20 décembre peu avant 19 h.,
la jeep du général Alexander R.Bolling franchissait
I'Ourthe à Hotton et y recueillait les premières données
d'une situation préoccupante. Derrière lui vers 22
heures, alors qu'il n'avait pu l'avertir à temps, le long
convoi de son 334th Regiment défilait tous phares allumés
dans Hotton, sans se douter du désastre fatidique possible :
l'avant-garde du «Kampfgruppe Bayer», fer de lance de
la 116.Pz. Division « Windhund», était en passe
d'exécuter son coup de main sur le pont local, enjeu stratégique
d'importance !! Quant aux 333th et 335th Rgts, informés à temps
du détour, le premier quittera l'Allemagne dès sa relève,
tandis qu'une partie de l'autre sera retardée pour diverses
raisons. Ainsi, sa Compagnie « G » ne partira vers Aachen,
Verviers et Liège qu'à l'aube du 23 décembre,
pour arriver tard dans l'après-midi à Marche-en-Famenne
(9)... Devant l'urgence à faire face à une situation
des plus alarmantes, l'unité fut de suite affectée
au périmètre défensif de la localité.
Dès l'arrivée, les bons derniers prirent aussitôt
la route en marche forcée et gagnèrent leurs positions
au sud de la cité. D'humeur maussade comme le temps, les fantassins éreintés
connurent une première nuit glaciale dans les granges de Waha.

Le lendemain matin, veille de Noël, deux pelotons (c.-à-d.
environ 80 fusiliers) recevaient l'ordre de prendre position plus
au sud, d'y creuser des foxholes et de constituer ainsi un maillon
défensif qui, en cas de rupture, signifierait la porte ouverte
sur un noeud routier d'importance. En face, sur la N.896 Harsin-Hargimont,
le grincement caractéristique des chenilles de panzers se
faisait entendre, comme si leur colonne détournait sa progression
vers l'ouest. Éviteraient-ils Marche ? La désignation
de 18 hommes du 3e peloton pour Marloie, d'où ces tanks pouvaient
aussi gagner la cité, déforçait le barrage en
place : ce détachement emportait des cocktails Molotov,
des bazookas et une arme anti-tank. Devant Waha, le fond des trous
individuels était garni d'un peu de paille, mais on n'y attendait
pas le moindre repas chaud tant l'accès aux positions était
verglacé. Chez certains soldats, les pieds humides gelaient
déjà. Les «médics» recommandent
d'enlever les bottines pendant 20 minutes par jour, mais que faire
si une patrouille de Krauts surgit à ce moment ? C'est
la mort à coup sûr ! Ce jour-là, pour les
fusiliers terrés dans leurs trous en attendant le choc éventuel,
telle situation sibylline apparaissait plutôt désespérée.
Quelques-uns des hommes les plus hardis de la compagnie se risquaient
même très en avant, pour se faire une idée personnelle.
Ils racontaient que « la file des panzers s'étendait à perte
de vue... La surveillance du vide existant, entre les compagnies
'G' et 'E', n'était assurée que par des patrouilles
passagères». En effet, une lacune de deux kilomètres
séparait les positions de ces deux unités sœurs.
Par contre, une rumeur plus rassurante rendait un brin d'espoir :
depuis deux jours, la 3rd Armored Division avait dépêché une
partie de sa force blindée dans le secteur ! Entre autres
son performant groupe de combat Doan, arrivé d'urgence depuis
l'Hertogenwald où il neutralisait l'action des paras allemands
de Von der Heydte, appuyait le secteur imparti à la 84e division
d'infanterie. Depuis son entrée en lice, cette formation s'opposait
aux intentions les plus évidentes de la 2.Pz. Division d'investir
Marche. Si cette «Trident», enfin ravitaillée
en carburant à Tenneville, reprenait son mouvement sur la
N.4 Bastogne-Marche, il fallait aussi s'attendre à l'irruption
de la 116 Pz.Division, forte de son approvisionnement providentiel
trouvé à Samrée ! Car la veille, un groupe
de PanzerGrenadiere de la «Windhund», arrivé «par
le fond de La Rochette et les chemins détournés de
Grimbiémont», avait même opéré une
jonction brève avec des éléments de pointe de
la 2. Pz. Division «Trident», au carrefour de Hollogne...
là où la Compagnie E du 335th Infantry Regiment avait
défendu les lieux avec honneur (11).
Dans le contexte alarmant du 24 décembre 1944, l'autre Task-Force
Blanchard tenterait encore de sectionner l'axe Harsin-Hargimont-Havrenne-Buissonville,
où le flux des panzers s'écoulait en direction de la
Meuse. Les lignes de la Compagnie «G», proches de La
Hèdrée donc à courte portée de Hargimont, étaient
alors concernées. L'objectif du groupe Blanchard portait en
effet sur ce village. Les lignes de la compagnie subiront deux attaques
dissuasives des Allemands sans intervention de leurs panzers, mais
appuyées par les tirs de leurs redoutables 88 mm. Du
côté américain, le barrage des mortiers y répondrait à la
cadence de 260 salves en une heure. Le soir, les lignes respectives
se retrouvaient à leur point de départ. La zone de
combat avait surtout été battue en brèche par
un duel d'artillerie.
Le jour de Noël fut ensoleillé, sans nuages dans le
ciel, sauf des traces laissées par des escadrilles de B17
et B24 qui narguaient la Flak ennemie. Aucun office religieux n'était
possible, mais des cadeaux et une portion de dinde froide avaient été distribués !
Le trop profitait à quelques braves villageois restés à Waha,
qui couraient les mêmes risques que la troupe. Dans les jours
suivants, la situation tendue n'empira pas... Au cours de son séjour à Waha,
les pertes de la Compagnie «G» seront dues aux accrochages
entre patrouilles, à des tirs de «snipers» embusqués,
mais surtout aux échanges d'artillerie. Le soir du 29 décembre,
l'unité était relevée et déménageait
en direction de Hollogne où des groupes allemands hantaient
les collines boisées des environs. Il fallait les en chasser
au prix d'approches très risquées. À minuit
juste de la Saint-Sylvestre, «New Year's Eve», les ennemis
abattaient une carte qu'ils tenaient en réserve : ils
déclenchaient un tir d'artillerie lourde, si bien ajusté sur
la zone du Q.G. de Marche qu'on l'aurait cru dirigé par des
observateurs en place ! Le jour du Nouvel An, peu après
un autre repas traditionnel à la dinde, cette fois mieux accommodée
qu'à la Noël, on assisterait à la relève
de la Company G par des éléments de la 53rd Welsh Division,
du XXX British Corps.
Pendant ces neuf jours passés au secteur défensif
de Marche, la compagnie «G» avait apporté sa très
modeste pierre à l'édifice.., si édifiant quant à la
façon décisive dont la stratégie US tranche
la difficulté quand un péril la menace : «Un
quart de tour inattendu à gauche ou à droite... Une
mobilité classique des unités qui se traduira par un
déplacement considérable de la logistique, même
celle de toute une armée au combat !», citait le
regretté commandant H. Mayon (CDH Evere) quand il évoquait
le génie brutal de Patton (12). Pour réaliser un tel
coup d'arrêt, il fallait être riches, dispendieux, réalistes,
hardis et se poser en gardiens de l'esprit des pionniers. Ces principes
font que les jeunes «made in USA» s'assimilent aux héros
de leur histoire.
En face des G.I's défenseurs de Marche, il y avait l'ordinaire
de ceux qui se satisfaisaient d'une maigre choucroute plutôt
que d'un plat traditionnel mijoté. Trois mois avant, nombre
de ces Allemands avaient sillonné l'Ardenne avec la mission
insoupçonnée de freiner l'avance U.S. par des actions
retardatrices, afin que le Westwall ait le temps d'être réaménagé à la
hâte. Devoir accompli, les Kampfgruppen à la logistique
quasi inexistante gagnaient alors des zones de «rafraîchissement» pour
y reconstituer leur effectif divisionnaire, réduit à sa
plus simple expression depuis la France. Par exemple, les 14.000
hommes de la nouvelle 2.Pz. Division (qui avait rejoint l'Eifel avec
3 chars, en septembre !) réapparaissaient avec l'appui
blindé de 49 Panther, 26 Panzers IV et 45 canons autopropulsés
Sturmgeschütz dont les besoins en carburant, indispensables à une
percée victorieuse, n'étaient nullement assurés.
Quel pouvait avoir été le moteur d'un redressement
aussi inattendu de la part d'une nation considérée
comme aux abois ? Serait-ce la tradition militaire, la notion
du devoir et de la discipline constante ou du patriotisme à la
spartiate inculqué par les chantres culturels de ses héros
mythiques ou historiques ? En tout cas, le général
baron Hasso von Manteuffel exprimera plus tard la pensée personnelle
qui présidait à son commandement de la 5.Panzer-Armee,
lors de l'Offensive hivernale en Ardenne : «Une nation
comme la nôtre souffre, mais ne meurt pas » (13).
Pendant le séjour à Waha, un incident avait soulevé les
commentaires d'un foxhole à l'autre. Un certain G.I. M.L.
Johnson, du service médical, en était la vedette. Au
cours de ses tâches de secourisme aux avant-postes, il avait été fait
prisonnier par un Allemand fortement armé. Pendant cinq heures
de discussion, en partageant ses rations «K», Johnson
s'était évertué à convaincre son maître
avec succès : à son avis, la meilleure chose à faire était
qu'il se rende ! Et de concert, les deux avaient finalement
regagné les lignes américaines (14) . Cette anecdote
n'était pourtant pas si anodine qu'on aurait pu le penser.
Sans s'affronter physiquement, des ennemis en guerre, de formation
et de culture différentes, avaient choisi le dialogue pacifique
pour délibérer sur le sort commun qui leur serait le
plus favorable... Quelque part sur ce théâtre opérationnel,
au même moment et à peu de distance, se trouvait le
simple soldat Henry Kissinger que le destin aurait pu appeler à jouer
les deux rôles d'une telle scène dramatique. En effet,
sans l'antisémitisme et son exode aux USA, il aurait inévitablement
revêtu le feldgrau de sa patrie, comme le firent les Juifs
allemands de 1914-18. Par contre, de vocation peu belliqueuse, mais
guidé par son serment et ses devoirs envers son battle-dress
américain, n'aurait-il pas fait appel à ses talents
innés de diplomate s'il s'était trouvé à la
place du «médic» Johnson ? Plus tard, lorsque
notre futur Prix Nobel de la paix se verra chargé de missions
en vue de la réorganisation publique de certains secteurs
d'une Allemagne écrasée, ne dira-t-on pas de lui «qu'il
ignorait la loi du talion, qu'il administrait avec équité et
même avec courtoisie, mais qu'il ne fraternisait pas » (15).
2. LA COMPAGNIE «G» MONTE EN LIGNE POUR LA RÉDUCTION
DU «SAILLANT».
Le 1er janvier 1945 peu avant 22 h, le convoi transportant l'effectif
de la Compagnie «G » traversait Marche, en direction
nord, avec l'ordre de gagner le village de Fisenne où une
nuit de repos à l'arrière des lignes était prévue.
Une erreur de parcours, due à l'obscurité, fut la cause
d'un détour inutile vers Scoville ! À hauteur
d'un bois, les camions stoppèrent. La neige était fortement
tombée sur la région et c'est dans son épaisseur
de soixante cm que les hommes pratiquèrent des trous, les
bourrèrent de paille prélevée sur une meule
et se glissèrent frigorifiés dans leurs sacs de couchage,
cherchant en vain le sommeil. Au matin, les camions gagnaient enfin
Fisenne où régnait une animation inattendue. Des réfugiés
et des troupes y arrivaient ou en partaient... Dans ce village, les
gîtes possibles étaient rares et ce fut une véritable
chance pour la compagnie d'avoir pu cantonner dans des granges encore
disponibles pour y passer le 2 janvier 1945, veillée d'armes
supposée tant l'agitation fébrile des unités, à si
courte distance du front, y faisait penser.
Le lendemain, quelle position allait donc occuper la modeste Company
G, quand sonnerait le coup d'envoi inattendu des opérations ?
Le VIIth Army Corps du major-général Lawton J. Collins
dit « Joe l'Éclair» attaquerait, le mercredi 3
janvier 1945 à 8 h 30, le long de la quarantaine de km
du front qui lui était imparti entre le XVIII Airborne Corps
et le XXX Britannic Corps . En fait, sa mission serait celle d'atteindre
le plus promptement Houffalize où une jonction avec des éléments
avancés de la Third US Army du célèbre Patton
permettrait de réduire le saillant offensif ennemi. Le théâtre
opérationnel, imparti à Lawton J. Collins, était
donc le secteur compris entre les vallées de la Salm et de
l'Ourthe. On sait que la délimitation de ces deux bassins
correspond au tracé de la grand'route nord-sud, qui de Manhay
conduit à Houffalize en passant par le carrefour de la Baraque
de Fraiture. Ligne de crête, la Nationale 30 répondait à la
répartition équitable des forces nécessaires à la
reconquête du plateau des Tailles. D'une part, la 3rd Armored
Division « Spearhead» ferait équipe avec la 83rd
Infantry Division dans la reprise du versant de la Salm, donc au
côté gauche de l'avance, tandis que la 2nd Armored Division « Hell
on Wheels » serait associée à la 84th Infantry
Division pour reprendre le secteur vers l'Ourthe.
L' «Enfer sur roues» du major-général
Ernest N. Harmon, personnage haut en couleur de style Patton et grand
ami de son chef Lawton J. Collins depuis leurs études militaires à Westpoint,
formerait donc avec les Briseurs de rails du major-général
Alexandre R. Bolling la partie droite de l'estocade à porter.

Au point de vue tactique, la puissance blindée de l'impétueux
Harmon se composait de trois Combat Commands (CC A CC B et CC Réserve
), groupes de combat dont chacun réunissait 3 Task Forces,
c'est-à-dire des formations mixtes constituées pour
le temps d'une mission avec un ou plusieurs escadrons de chars, de
l'artillerie et une ou deux compagnies de fusiliers... C'est donc
parmi ces dernières que figurera, dès le 3 janvier
1945, la Company G faisant en effet partie du 2e bataillon du 335e
régiment d'infanterie, elle était attachée à la
Task Force C relevant du Combat Command A. Le secteur opérationnel
imparti à ce dernier était compris entre les cours
de l'Ourthe, à hauteur de Werpin, et celui de l'Aisne à l'est
de Fisenne. La montée en ligne de la Cie «G» suivrait
la rive gauche escarpée de ce gros ruisseau, qui dévale
du plateau sommital des Tailles...
À 8h.30 le mercredi 3 janvier 1945, un concert assourdissant
de ronflements de moteurs régnait non seulement aux alentours
de Fisenne, mais encore dans toute la région. La « G» et
ses deux centaines de fusiliers, ses servants d'armes plus lourdes
et des mortiers faisaient alors mouvement plein sud vers Blier pour
se rapprocher du front. Cette marche fut des plus éreintantes
tant la voie d'accès était glissante. Il ne fallait
pas être grand stratège pour imaginer combien l'attaque
prévue des blindés, appuyée par les fantassins
du 335e régiment, se changerait vite en une bataille d'infanterie
avec support des blindés... quand le terrain montagneux le
permettrait ! Vers 13 heures, les hommes s'installèrent
dans les maisons délaissées et les étables de
Blier, tandis que la section des mortiers occupait cuisine et salle à manger
d'une vieille bâtisse où le courageux fermier, resté à la
garde de ses biens, ne cessait de chiquer en crachotant sans cesse
sur le parquet (16).
Le lendemain, la progression se poursuivait avec difficulté sur
la route sinueuse et glissante qui remonte la vallée de l'Aisne,
pour conduire à Amonines. La troupe cantonna dans une voie
latérale du village, après avoir enlevé les
congères qui en gênaient l'accès. Le front n'était
plus très loin, car le P.C. s'était installé dans
une demeure comme s'il y séjournerait quelques jours. D'ailleurs,
la section «mortiers» prenait ses dispositions pour appuyer
d'autres compagnies, en cas de nécessité. L'annonce
d'un repas chaud et l'invitation à se doucher à l'eau
tiède laissaient augurer de la suite. À Amonines, la
seule boutique existante connaissait le succès. Des gars s'empressaient
d'y acheter en solde des boissons douces, tout heureux de s'offrir
enfin quelque chose depuis leur départ des USA. L'idée
du coup dur imminent régnait !
Ici, la situation n'était pas à comparer avec celles
que la compagnie avait connues dans le secteur allemand de Lindern-Geilenkirchen
ou lors de la défense de Marche. Une plus grande souffrance
physique était à prévoir sur ces contreforts
escarpés, enneigés et gelés d'un haut plateau
de l'Ardenne, où l'ennemi tenait des positions dominantes.
De la neige jusqu'aux genoux rendait la marche harassante sur des
voies étroites, devenues impraticables par une température
avoisinant les 20° sous zéro. En plus, l'ennemi possédait
le grand avantage de l'expérience hivernale, acquise au front
russe ou en Scandinavie. À vrai dire, l'épreuve ne
se limiterait pas à combattre un adversaire endurci et farouche,
mais encore à surmonter la dureté d'un climat qui faisait
ressembler ce sommet ardennais à une sorte de « Sibérie
belge».
Depuis
son départ de Fisenne, le commandement de la compagnie connaissait
son programme des jours suivants. Faisant partie du 2e bataillon
comme ses unités sœurs «E», « F» et « H» (mortiers
lourds), la «G» était attachée au 66th
Armoured Regiment (2nd Arm. Div.) en une Task Force C dont elle constituait
momentanément la réserve. Au départ d'Amonines
l'après-midi du 5 janvier 1945, sa mission consistait à suivre
le mouvement offensif qui remontait la rive gauche de l'Aisne jusqu'à Dochamps,
en passant par La Forge à la Plez . À peine sortis
d'Amonines, les hommes firent leur entrée dans le décor
guerrier : des carcasses de véhicules divers gisaient
aux bas-côtés de la route. Bardas au dos, la marche
devint de plus en plus pénible quand l'ordre fut donné de
quitter la voie et d'escalader son versant latéral pour s'engager
dans des chemins forestiers, d'autant plus impraticables par ce temps
de neige épaisse et d'un sol gelé à pierre fendre.
Le but était d'assurer le flanc droit, mais aussi de tenir
une liaison permanente avec les autres unités concernées
par la prise envisagée de Dochamps. Les Doughboys se traînèrent
sur les sentiers et les voies de débardage, du lieu-dit Le
Chainisse à celui des Haies des Raëc en passant par Wihogne,
alors que les blindés du 66e régiment ne servaient
qu'aux barrages routiers dans la vallée tant la voie carrossable
s'y était transformée en patinoire. En fin de journée
et durant la pénible avance vers les points dominants de cette
maudite colline, un tir infernal de l'artillerie ennemie accueillait
les fantassins dont l'unique ressource sera d'en attendre la fin,
en se planquant au mieux. On y relèvera 3 tués et 16
blessés, parmi lesquels figuraient les victimes d'accidents
malencontreux. En effet, chutes et glissades, d'autant plus fréquentes
chez des hommes exténués, provoquaient le déchargement
accidentel de leurs propres armes dont le tir touchait alors n'importe
qui ! Des sortes de pistes pour traîneaux servaient à l'évacuation
des blessés vers une antenne chirurgicale de l'arrière,
mais elles devenaient vite verglacées et trop risquantes :
il fallait en tracer d'autres. C'est par ce moyen que parvenaient
aussi les munitions et du ravitaillement. Placée en réserve
de ses unités sœurs, éprouvées plus tôt
que prévu, la Compagnie « G» se retrouvait dès
lors à l'avant-plan offensif par suite des circonstances.
Il ne lui restait donc, tous tirs de l'artillerie ennemie cessant,
qu'à se placer sur des positions défensives et y vivre
une autre nuit des plus amères et insupportables.
Le matin suivant, samedi 6 janvier, l'ordre était donné de
reprendre l'avance vers l'objectif, en support aux autres compagnies.
La lente progression retrouvait les mêmes problèmes
que la veille. La nuit avait été si glaciale que certains
s'étaient même risqués à faire du feu
plutôt que de mourir gelés. De l'aveu des combattants
qui vécurent cette situation, si chargée de souffrances
inattendues, le sentiment de ne plus appartenir à un monde
réel et l'appréhension des jours à venir avaient
envahi leur esprit comme jamais. Alors qu'ils gagnaient le lieu-dit
La Drangotte, un tir infernal de toutes les armes allemandes reprenait
de plus belle et fauchait entre autres les braves G.I.s Torrès
et Corralejo, amis jusqu'à la mort en se portant mutuelle
assistance. Cette attaque soudaine et troublante provoquait alors
un recul de près de 600 mètres vers une colline plus élevée,
depuis laquelle l'unité occuperait une position dominante
en se tenant éveillée et sur le qui-vive.
3. À L'ASSAUT DES POSITIONS ENNEMIES DU HAUT PLATEAU.
Dochamps :
Au lendemain de cette nuit de cauchemars, passée en patrouilles
ou dans les sinistres trous des fusiliers somnambules, se levait
un jour marquant dans les fastes du 335th InfRegt du colonel Hugh
C. Parker. Ce dimanche 7 janvier 1945, son 2e bataillon régimentaire
attaché à la Task Force C, alors placée sous
l'autorité du même Hugh C. Parker, attaquerait dès
8h.30 le long de la N.841 Amonines-Dochamps avec le support de blindés
du 66th Armoured Rgt. Sur la droite, la « G» investirait
le nord-ouest de Dochamps, à partir des positions gagnées
la veille sur le haut de la colline. La Cie «E» progresserait à la
gauche de l'attaque, entre route et voie ferrée, tandis que
la «F» en réserve fournirait des patrouilles de
flanc et aiderait les chars vers l'objectif : du gravier et
de la cendrée seraient répandus sur leur parcours.
Ce n'est qu'à 16 heures, après un tir des mortiers
lourds américains auxquels répondaient les hurlements
des lance-roquettes Nebelwerfers, que l'avance atteignit la lisière
nord du village. La Company G, partie de positions plus proches,
attendait ce moment pour déborder sur la localité et
contribuer ainsi à sa prise en tenaille. L'ennemi répondait
aussitôt par un tir de dissuasion. En fin d'après-midi,
sept ou huit maisons étaient aux mains des Américains,
mais une grande partie de Dochamps restait sous le contrôle
des Allemands. À la tombée du jour, le froid devint
si extrême qu'un Sherman tenant un carrefour voyait sa tourelle
bloquée : un panzer survenu à l'improviste le
mettait hors de combat. Conduite par le lieutenant James Hodges,
une partie de la Company F en réserve nettoyait alors le village
qui finit par être presqu'entièrement dégagé à coups
de bazookas et de grenades à main, lancées sur les
maisons non encore reprises. À la tombée de la nuit,
moment le plus favorable pour décrocher, on pouvait enfin
dire que la plupart des Krauts et leur seul panzer visible avaient
vidé les lieux. Le contact permanent avec la Compagnie «E» n'étant
pas établi et le mot de passe non encore signalé, un
solide périmètre de défense autour des positions
acquises s'imposerait jusqu'au lendemain.
Lors du nettoyage de Dochamps, les libérateurs avaient assisté à une
scène qui en disait long sur les sentiments anti-nazis de
la population locale. Un villageois sautait à pieds joints
sur le cadavre d'un Allemand qui venait d'être abattu. Il expliquait « que
des SS avaient enlevé et tué ici deux petites jeunes
filles, dont une infirme, alors que leur frère venait d'être
décapité». Il ajoutait « qu'un vieil homme
ou une vieille femme avait aussi été victime de la
sauvagerie SS dans une cave du village» (17) . En vérité,
la version réelle, encore corroborée par les témoignages
recueillis sur place en ce lointain 29 mai 1999, est tout à fait
différente !

Une étable de la ferme Simon, derrière l'église
de Dochamps, avait été touchée de part en part
par un projectile américain, au cours de l'attaque. La veuve
Justine Simon-Grégoire, par ailleurs à la marche claudicante,
sa fille Flore (25 ans) et son fils Édouard (15 ans) avaient été tués
sur le coup... en même temps que 8 Allemands qui s'étaient
retranchés sous le même toit, sans sévices apparents.
Les cadavres de ces soldats avaient été enlevés
par leurs secouristes et, tragique et indescriptible « boucherie»,
la sinistre étable s'était refermée sur le massacre
de la famille Simon. Dans les jours qui suivirent, le fils Joseph
Simon, alors âgé de 23 ans et maquisard MNB se cachant
des Allemands, revint à la ferme familiale pour découvrir,
peut-être le premier, les corps de ses trois parents qui gisaient
parmi les décombres. Ils avaient visiblement été tués
par les effets du souffle et les éclats du projectile de gros
calibre. Des débris d'une porte en chêne, que Joseph
Simon savait consolidée par des équerres métalliques
très reconnaissables, avaient défoncé les crânes
des deux malheureuses femmes. Quant à la tête manquante
de son jeune frère, elle avait été vraisemblablement
anéantie sous l'impact de l'obus, sinon tranchée et
emportée par inadvertance avec les restes des leurs que les
préposés allemands ramenaient vers l'arrière
au plus pressé, à toute fin d'identification ou de
sépulture digne. À la ferme de Benasse, on déplorait
aussi la mort de Marie-Thérèse Martin, autre victime
innocente des combats (18).
La «G» était visiblement à court d'hommes,
non seulement par le nombre des tués et blessés, mais
encore par les victimes du froid intense et de la fatigue. Ainsi,
le 2e peloton en montrait l'exemple : huit hommes restaient
aptes au combat sur un effectif prévu de 40 fantassins. Et
la neige tombait de plus belle, en rafales soufflées par un
vent violent qui annonçait une sorte de blizzard. Les cas
d'engelures graves, « pieds de tranchée» gonflés
par la mauvaise circulation sanguine, nécroses des orteils
allant parfois jusqu'à l'amputation et surtout affections
pulmonaires préoccupantes expliquaient les vides dans les
rangs de la compagnie. Après cette épreuve, une courte
station de repos s'avérait nécessaire et ce fut un
délice pour tous les rescapés de la «G » que
de pouvoir enfin se chauffer, se détendre, se rassasier et
se soigner, en essayant d'oublier ce qu'ils venaient d'endurer. En
effet, des hommes, du matériel, des équipements et
des tanks étaient arrivés d'Amonines pour maintenir
la place conquise de Dochamps. Le P.C. de l'unité, venu d'Amonines,
s'y était installé. Les vainqueurs d'hier, mis en réserve
jusqu'à nouvel ordre, resteront en place jusqu'au mercredi
10 janvier 1945.
Dans le secteur de Dochamps-Samrée, quelles étaient
donc les unités allemandes qui faisaient face à la
contre-offensive alliée, en ce début de janvier 1945 ?
La 116.Pz. Division de von Waldenburg occupait une ligne défensive
qui, d'au-delà de l'Ourthe et La Roche, s'étendait
jusqu'aux environs de l'axe Dochamps-Samrée. La «Windhund»,
avec des éléments de la 2.SS.Pz. Division « Das
Reich», avait comme mission de contenir la poussée alliée
jusqu'à ce niveau de la N.89. Depuis le 31 décembre,
le secteur de Dochamps-Samrée était tenu par des éléments
de la 560. VolksGrenadiere Division qui y avaient relevé ceux
de la 12.SS.Pz. Division «Hitler Jugend», appelée à Bastogne.
C'étaient donc les grenadiers de la 560. VG.D., rompus aux
difficultés hivernales par une formation en Norvège,
qui s'étaient opposés à la prise de Dochamps.
Samrée devenait à son tour l'objectif majeur de l'artillerie
américaine et se voyait fortement pilonné. La défense
de ce village, qu'on croyait inexpugnable, incombait au commandement
de la 116.Pz. Div. dont le P.C. reculera graduellement de Borzée à Wibrin,
puis à Achouffe, suivant les nécessités de se
conformer aux récentes décisions supérieures
(19).
En effet, le Haut Commandement allemand admet enfin que la reconquête
alliée, même hésitante, se révèle
puissante et inéluctable. L'offensive en Ardenne connaît
en effet un revirement indiscutable. Il donne les ordres d'un repli
systématique qui n'est pas sans rappeler la stratégie
utilisée en septembre 1944 sur le même terrain :
le retrait graduel sans recul précipité (20) . C'est
l'Opération Veilchen (violette) qui ordonne à certaines
divisions de couvrir le repli d'autres sur l'Allemagne, à l'abri
du Westwall où elles recouvreront effectif et dotation en
vue d'actions à l'Est. Des arrière-gardes de ces dernières
resteront toutefois en Ardenne jusqu'au dernier moment et prêteront
main-forte aux tactiques du retardement. Ces petits groupes de combat
des plus tenaces, aidés de quelques chars, appuieront l'infanterie.
Leur Génie bloquera derrière lui les routes du retrait
et leurs armes lourdes ralentiront la progression américaine.
Parmi ces Kampfgruppen, réapparaissent des unités qui
ne connaissent que trop bien la région. Par exemple la 2.SS.Pz.
Div. «Das Reich», dont les régiments SS. «Der
Führer» et «Deutschland» avaient eu affaire
en septembre avec les maquis de Marcourt et du Château du Bois
St.Jean (21), quitte son P.C. installé en ce château.
Mais ses éléments appuieront la 116.Pz. Div. jusqu'à l'extrême
limite, dans sa mission d'orchestrer le repli systématique
au sud de 1'Ourthe. D'aucuns parmi ses vétérans n'ont
oublié ni les incidents avec la Résistance, ni la sympathie
témoignée par la population locale aux Américains.
Quant aux civils, demeurés à la garde risquée
de leur patrimoine, ils sont pris au piège d'une calamité historique
et se gardent bien d'afficher le moindre signe de leur espérance
en une seconde libération qui, cette fois, aura le goût
amer des cendres.
Samrée :
Le 10 janvier, après une préparation d'artillerie
de 1200 salves, l'ordre était donné à la Compagnie « G » d'appuyer
les autres unités du bataillon dans leur attaque contre Samrée.
Tout au long de l'avance, il était curieux de découvrir
les abris que les Allemands avaient construits dans les bois. Petits
bunkers et cagnas confortables, disposant même d'un chauffage,
se voyaient réoccupés à la moindre halte, d'autant
que la rigueur hivernale ne faisait qu'empirer sur ce haut plateau
des Tailles où la bise règne toujours en maître.
Cette fois, la suprématie des tanks du 66th Arm. Regt contribuera
fortement à la prise de Samrée. La veille, cette brillante
unité était encore commandée par l'infortuné colonel
Clayton J. Mansfield. Tué lors d'une reconnaissance préparatoire,
il était désormais remplacé par le colonel Stokes.
Peu de grenadiers ennemis parviendront à se soustraire à cette
attaque vindicative. Leur faible valeur combative fera d'ailleurs
dire au général von Waldenburg : «Si les
forces qui nous étaient opposées avaient rapidement
et vigoureusement continué leur avance après la prise
de Samrée, elles auraient réussi une percée
aux conséquences sensationnelles» (22). Ce jour-là,
le P.C. de la 116.Pz. Div. était confronté aux problèmes
stratégiques causés par la décision du retrait
de ses partenaires, donc à l'impérieuse nécessité d'un
recul au sud de Samrée afin de resserrer ses lignes. Son déplacement
précédent, de Borzée à Wibrin, en était
déjà la raison. Néanmoins, l'artillerie allemande
continuait à harceler le village, comme pour dissuader son
ennemi de progresser davantage. Quant aux braves villageois, ils
s'activaient au plus pressé à relever leurs victimes
et à remédier aux dégâts de leurs biens
malgré les coups de tonnerre sans fin.
La journée suivante, la Cie «G» se tenait sur
des positions d'attente, jusqu'à ce que l'ordre vint, le 12
janvier, du retour à Dochamps. Elle comptait ses blessés
et malades, mais deux fusiliers manquaient à l'appel pour
toujours. Ernest J. Peterson avait été tué;
l'autre, Glenn A. Goodyear, ne reviendra jamais de sa captivité...
Bérismenil :
Le samedi 13 janvier 1945, la neige continuait à tomber, à tel
point qu'il était difficile de retrouver les chemins de campagne
indiqués sur les cartes. Depuis la veille, le P.C. avait arrêté ses
plans : le 2e bataillon marcherait en tête d'une poussée
vers le sud-est. Il faisait encore nuit quand les gars somnolents
de la Company G quittèrent Dochamps pour se regrouper autour
de l'église de Samrée, où certains imaginaient
retrouver un peu de sommeil avant la pleine clarté du jour.
En file indienne et suivie des compagnies sœurs, la « G » ouvrait
la marche vers Bérismenil à travers froid perçant,
neige épaisse, sombres sous-bois et abattis ou traquenards
divers. La prise du village s'opérerait par surprise !
Un violent tir de barrage des Nebelwerfers, heureusement hors de
portée, accueillait l'avant-garde dès qu'elle débouchait
du couvert forestier, sur le coteau qui fait une large perspective
de l'objectif à investir. Au lieu-dit Croix du Laid Vevî,
l'avance se détournait sur la droite plutôt que d'affronter
l'ennemi de plein front sur la route principale. C'est avec peine,
par d'abruptes voies de débardage desservant les hautes collines
boisées qui dominent la contrée, qu'elle progressera
afin de s'y regrouper avant l'attaque-surprise contre les positions
allemandes. Sous l'échange entre mortiers 60 mm et Nebelswerfers,
les pelotons dévalèrent dans la vallée de la
Golette pour gagner ensuite l'ouest de Bérismenil. À 14
h.30, les quatre ou cinq premières maisons étaient
prises... Forts d'un support de trois panzers en attente, les Allemands
déclenchèrent alors un tir de toutes leurs armes qui
figeait les Américains jusque tard dans l'après-midi.
Après une préparation d'artillerie, l'ordre de l'assaut
final était enfin donné ! Le ravitaillement et
l'évacuation des blessés, jusque-là très
difficiles, réclamaient la priorité et c'est ainsi
que «nettoyage», placement des mines et autres barrages
routiers se prolongèrent jusqu'au lendemain matin. La nuit
avait cependant été troublée par un sérieux
incident. Quelques G.l.s s'étaient risqués à gagner
une bifurcation routière, en contrebas de leur position au
fond du village. Mal leur en prit, car le tir inattendu d'un panzer
les forçait à réintégrer, jusqu'à l'aube,
le retranchement d'où ils n'auraient pas dû sortir.
En
fait, des éléments de la PanzerLehrDivision de S. Stadier
et plus précisément son Kampfgruppe 902 «von
Poschinger» avait reçu, ce jour même de la prise
de Bérismenil, l'ordre d'épauler la gauche de la 116.Pz.
Division. Depuis la veille, von Waldenburg tenait en effet de son
mieux la ligne de défense assez précaire Wibrin-Nadrin-Filly,
après avoir délaissé celle de Moulin Belle Meuse-Maboge-Bérismenil.
Dans l'obscurité nocturne du 13 au 14 janvier, le renfort
atteignait Nadrin, lieu de contact fixé, mais n'y trouvait
aucune présence d'éléments de la « Windhund».
L'unité venue à la rescousse ne pouvait donc que pousser
de discrètes reconnaissances de part et d'autre de Nadrin,
par exemple jusqu'aux lisières voisines de Bérismenil
où les Américains consolidaient leurs positions. La
rencontre fortuite d'un panzer avec des G.I.s trop audacieux était
alors possible.
Sur la N.860 La Roche-Houffalize, le 1st Battalion du 334 Infantry
Rgt (84th I.D.) commandé par le major R.L. Kolb progressait
en direction du sud-est. Colline par colline depuis La Roche, il
se rapprochait de Bérismenil libéré. Une scène
survenue au cours de cette nuit en dira long sur la situation confuse
que connaissaient alors les lignes allemandes. Ainsi lors d'une inspection,
le commandant d'un bataillon du 60.PanzerGrenad.Rgt (116.Pz. Division)
H.G. von Watzdorf s'était fourvoyé dans ce qu'il croyait être
sa zone opérationnelle et se retrouvait prisonnier de son
homologue américain ! Les Allemands n'avaient donc livré à Bérismenil
qu'un combat de retardement. Cette arrière-garde de la 116.Pz.
Division décrochera par des chemins prévus, près
de la Chapelle St. Lambert, passera à gué le ruisseau
de Belle Meuse et rejoindra, non sans peine, ses lignes au nord de
Wibrin .
Ollomont :
Le lendemain 14 janvier et contre toute attente, la Cie «G» recevait
l'ordre de marcher sur Ollomont, gros hameau jouxtant Nadrin. La
règle habituelle, après la prise d'un objectif, était
pourtant de rester sur ses positions conquises. Le matin même,
des G.I.s s'évertuaient encore à dépister quelques
grenadiers attardés dans Bérismenil. C'est d'ailleurs
ainsi qu'un sergent aurait pu être tué sans l'intervention
inattendue d'un... Allemand ! Sortant le premier d'une cave,
mains en l'air, ce prisonnier se retournait d'un geste vif et frappait
l'arme que son suivant destinait à Cal. Nichols, lui sauvant
ainsi la vie.., et peut-être celle de son congénère
irréfléchi.
Vers midi, fatigués et de mauvaise humeur, les fantassins
de la «G» s'engagèrent sur la N.860 La Roche-Houffalize.
En appui, la section «mortiers» se tenait à hauteur
de la Chapelle Ste Gotte . Cent mètres plus loin, un nid de
mitrailleuses contraignait à modifier les plans. Une progression
détournée sur la droite éviterait d'affronter
les barrages et les mines placées sur la route pour en interdire
l'accès aux blindés. La «nationale» se
trouvait d'ailleurs dans la zone du 334th Infantry Regiment, où les
ler et 2e bataillons avaient mission de prendre respectivement Nadrin
et Filly, le même jour. Au prix d'une pénible montée
de deux collines fortement enneigées, qui dominaient le terrain
largement découvert à la droite de la route nationale,
l'objectif serait atteint. En quelque sorte, l'intervention de la
Compagnie «G» se présentait comme un appui au
régiment-frère, car Ollomont et Nadrin forment quasi
une entité. En fin d'après-midi, les mamelons étaient
franchis, sans avoir connu l'affrontement direct. Ollomont était
maintenant à portée de main, mais le premier peloton
qui dévalait la dernière pente resta figé sous
le feu nourri de l'ennemi, alerté par une escarmouche avec
trois Allemands postés à l'entrée du village.
C'est pendant ces quatre ou cinq heures d'attente, à l'affût
sur la colline, qu'allait tomber l'un des chefs les plus considérés
dans son unité. Le brave sergent P.C. Mac Kaughan, porteur
de la Silver Star, était tué en rampant vers les positions
ennemies qui entravaient la progression. La solution radicale obligeait
maintenant à un recul afin de détourner cette maudite
colline par la gauche, passer par la grand'route à Nadrin
qu'occupait depuis midi le 1er bataillon du 334th Inf. Rgt, et enfin
s'infiltrer dans Ollomont.
Avec l'appui des mortiers dissimulés derrière une
grange et des mitrailleuses installées aux fenêtres
du bâtiment voisin, les fusiliers s'emparèrent de l'objectif
pour n'y faire que quelques prisonniers. Une fois de plus, le gros
de la résistance allemande s'était livré, comme à Nadrin
avec le 334th, à une action de retardement de plusieurs heures,
puis il avait rompu le contact en ne laissant sur place qu'un groupe
de sacrifiés. Le détachement de la PanzerLehr Div.
de Bayerlein, l'ex arme d'élite de Hitler maintenant aux abois,
s'était retiré sur une position de défense assignée :
la ligne Achouffe-Bonnerue-Mabompré . Vouloir stopper la lente
et puissante poussée américaine s'avérait chimérique.
Les dernières chances de se tirer du piège tendu par
l'imminente jonction alliée, à l'ouest de Houffalize,
s'amenuisaient encore en cette nuit du 14 au 15 janvier 1945.
Ollomont avait retrouvé le calme quand la Company G fut relevée à 2
heures de la nuit. Elle retourna à Bérismenil où repas
chaud et court sommeil l'attendaient. Tôt réveillée,
les camions GMC étaient prêts à lui faire revoir,
en peu de temps et sens inverse, le chemin de croix qu'elle avait
accompli en deux semaines de tourments : Samrée, Dochamps,
Amonines, Blier, Fisenne et enfin.., le château de Biron où elle
jouirait d'un court, quiet et si doux «repos des guerriers».
Le village, échappé de peu à l'avance allemande
en décembre, jouait maintenant le rôle d'un lieu de
grand rassemblement des troupes chargées de la reconquête
du Saillant. Entre autres unités les plus diverses, deux tiers
du régiment y avaient déjà séjourné,
mais la Compagnie «G» venait à Biron pour la première
fois. Du 15 au 18 janvier, elle connaîtra « la vie de
château» jusqu'à ce que le devoir l'appelle à d'autres
prestations, car la bataille de l'Ardenne était loin d'être
terminée.
4. LE «GOULET D'ACHOUFFE» ET «LA VOIE CLASSIQUE
DES INVASIONS ».
Alors que les «Briseurs de rails» de la modeste Compagnie «G» se
reposaient à Biron, la zone opérationnelle qu'ils quittaient
vivait ses moments historiques. Sur la lancée de la prise
de Nadrin et Filly, leurs frères d'armes du «334th» étaient
maintenant candidats à la jonction avec les troupes de Patton,
attendues d'un moment à l'autre en contrebas dans la vallée
de l'Ourthe orientale. Du côté allemand, l'adage «Gott
mit uns» semblait ne pas se démentir, malgré tous
les signes évidents de son échec le plus cuisant en
Ardenne. Car le résultat de la stratégie de retardement,
menée par von Waldenburg, approchait de ses conclusions. Le
ciel désespérément couvert empêchait l'aviation
alliée de pilonner les voies sinueuses sur lesquelles se traînaient
d'interminables convois aux véhicules les plus hétéroclites.
Leur colonne s'étirait vers un point de passage étroit,
anodin sur les cartes militaires, mais défendu sans y paraître
comme un défilé des Thermopyles, car il était
la dernière porte de salut avant l'irrémédiable.
Les voies verglacées et très enneigées, qui
y conduisaient, connaissaient des équipes d'épandage
de gravier, du dégagement des ornières et de traction
de véhicules en panne. On y voyait même des officiers
d'E.M. qui réglaient le trafic comme des Feldgendarmes. Toute
l'artillerie disponible protégeait ce lieu stratégique
d'exception : l'insignifiant pont d'Achouffe !

À l'aube du 15 janvier, von Waldenburg tenait encore son
P.C. à Taverneux. Depuis la veille, il avait confié la
défense de ce solide ponceau, qui enjambe le Martin Moulin, à l'Oberstleutnant
Helmut Zander du 60. Pz. Gren. Rgt. de la «Windhund»,
avec la mission de ne le faire sauter qu'à la dernière
ressource. Car l'évacuation du Saillant devrait s'accomplir
jusqu'au bout, malgré les chausse-trapes tendues tout autour
d'un Houffalize réduit par inconséquence en paysage
lunaire. Deux horribles Carpet bombing de l'aviation alliée
(26) n'y avaient eu pour tout résultat que le massacre d'une
population amie et non avertie par simple largage préalable.
Pas plus en sa phase finale qu'au cours de l'Offensive, aucune concentration
massive et durable de troupes, de panzers ou de centres de ravitaillement
allemands n'avait été constatée dans notre bourg
médiéval, donc patrimonial, réduit en un amas
indescriptible de gravats et de ruines calcinées. On n'y connaissait
que des passages transitoires d'unités. La cible à anéantir
n'était pas là : elle serpentait sur des routes
voisines !

Le salmigondis des lambeaux d'unités, qui évacuaient
le Saillant par le pont d'Achouffe, suivait la voie la plus directe
pour rejoindre sa destination en Allemagne. À moins d'être
assignés aux combats de retardement en Ardenne, c'était
de suite vers l'est et les plus proches frontières de l'époque
qu'il fallait rejoindre. Le territoire germanophone annexé n'était
alors distant que d'une vingtaine de km et sa défense ne pouvait
qu'y être plus déterminée. Pour atteindre l'issue
salvatrice où conduirait le goulet d'étranglement d'Achouffe,
le trafic s'engageait dans une montée ardue, plus difficile
en hiver pour de lourds véhicules (27). Par la Longue Virée,
puis en frôlant le sud du village de Mont, le mouvement débouchait
alors sur la grand'route N.30 où l'accès à sa
tributaire N.827 est immédiat depuis Les Chèras. Sans
risque de devoir traverser la cible harcelée qu'était
Houffalize, d'ailleurs détour inutile pour gagner la Germanie,
le mouvement en direction de Beho-Aldringen et Ourthe-Deiffelt se
maintiendrait jusqu'au dynamitage du modeste ponceau d'Achouffe.
Sa protection était impérieuse et toute l'artillerie
allemande encore disponible s'y attachait.
À l'aube du 15 janvier 1945, les lambeaux de la 116.Pz. Division
tenaient de leur mieux les hauteurs au nord et à l'ouest de
Mont, comme un fragile bouclier défensif du pont d'Achouffe. À Mont
lui-même, tant la possession de ce village était aussi
capitale, un bataillon de reconnaissance de la Pz.LehrDivision de
Bayerlein groupait 250 hommes encore bien équipés,
en une formation «von Born-Fallois» issue d'éléments
de la Pz. Aufkl. Lehr. Abt. 130 à qui il incombait de se maintenir
en place jusqu'à nouvel ordre. Des rescapés de la 560.VolksGren.
Div. barraient la N.30 à hauteur de la cote 490, en avant
de Fontenaille, d'où l'on dominait toute approche blindée
venant du nord. Protégé par des mines, ce bloc routier
défendait l'accès au nord de Mont et protégeait
le débouché du trafic qui, venant d'Achouffe, s'engageait
sur la N.827, corridor vital pour l'évacuation vers Gouvy.
Un autre Kampfgruppe «Eckardstein» (3.Pz. Gren. Div.)
assumait la surveillance des trois premiers km de cette route, depuis
Les Chèras jusqu'à Sommerain et le lieudit «Sur
Viyi»(28).
En ce matin du 15 janvier, une forte poussée américaine
s'exerça depuis Dinez ! Balayant tout sur son passage,
elle s'empare de Mont et, sur sa lancée victorieuse, parvient à Taverneux. À 11h00,
la Task Force «A» du 66th Arm. Regt entre dans Achouffe
où le vieux pont effondré bloque son avance. Le Génie, à l'aide
de rails d'une longueur de 13 mètres, ne rétablira
le franchissement du Martin Moulin qu'en fin d'après-midi
(29) . La stratégie défensive allemande, élaborée
avec les maigres moyens dont elle disposait encore, avait habilement écarté le
spectre d'un verrouillage du Saillant, d'un désastreux Kessel
(chaudron) ... d'un «Stalingrad» !
Pressentant la tournure de cette journée, le général
Siegfried von Waldenburg avait tôt quitté Taverneux, était
passé parmi les ruines de Houffalize et avait remonté la
route de Tavigny, par où sa performante « Windhund» s'était
infiltrée, un mois avant. Il tiendrait son dernier P.C. ardennais à la
Ferme de Rouvroi, entre Buret et Steinbach. Et même si, malgré lui,
la situation s'était détériorée de jour
en jour au cours des deux dernières semaines, son commandement
du repli n'avait pas connu le moindre sauve-qui-peut. Le goulet d'étranglement
d'Achouffe avait contribué à l'évacuation de
quatre Panzerdivisionen et de nombreux Kampfgruppen détournés
avant Houffalize, là où une nasse aurait pu les piéger à tout
moment ! (30)
Ce même lundi 15 janvier, les troupes de Patton n'avaient
pas encore atteint les rives de l'Ourthe, mais n'en étaient
plus loin. Une ligne de défense allemande Bonnerue-Mabompré s'opposait à leur
avance. Elle était tenue par des éléments de
la 26. VolksGrenadiere Division, dont on savait qu'ils avaient combattu à Bastogne.
Cette formation était épaulée par le Kampfgruppe «von
Hauser», constitué des restes du PanzerLehrRegiment
901. Une fois de plus et combat retardateur accompli, la défense
allemande décrochera du secteur au dernier moment. Le général
SS Fritz Bayerlein, Kommandeur de la «PanzerLehr», traversera
Houffalize dévasté pour se rendre à son P.C.
de Bernistap. Il avouera avoir eu beaucoup de chance d'être
resté dans les lignes jusqu'à l'extrême limite.
Du 11 au 15 janvier et par manque de carburant, ses soldats avaient
dynamité à contrecoeur 55 de leurs panzers ! Tôt
le matin du 16, son arrière-garde parvint encore à se
faufiler dans Houffalize. Elle avait retardé de son mieux
l'avance du 41th US Cavalry Recce du major M.J.L. Greene (31).

Au Château de Biron, alors que les Doughboys de la Company
G se délassaient le mieux possible, que se passait-il dans
le secteur opérationnel où ils seraient appelés
au terme de leur repos ? Le bruit d'un attachement à la «Spearhead» (3
Arm. Div.), et non plus à la «Hell on Wheels» (2nd
Arm.Div.), circulait dans le cantonnement. Comme on le sait, la «Spearhead» du
major-général M.Rose opérait depuis le 3 janvier
dans la zone comprise entre la vallée du Glain-Salm et l'axe
routier N.30 vers Houffalize. Sa progression, après la reconquête
du massif des Tailles, la désignait d'emblée pour couper
la voie du repli allemand vers l'est.
La N.827, axe de liaison entre Houffalize et St. Vith, broche qui
maintient unis les mondes de l'Ardenne et de l'Eifel sans y paraître,
artère vitale du flux ou du reflux des invasions jouerait,
cette fois encore, son rôle historique traditionnel. Le rapide
sectionnement de ce couloir du repli ne permettrait-il pas aux Américains
de rattraper le manque à gagner de leur jonction tardive à Houffalize ?
Le 14 janvier, les 2.SS.Pz. Division «Das Reich » et
9.SS.Pz. Division «Hohenstaufen», en route vers l'Allemagne
pour y être reconstituées, avaient reçu l'ordre
de faire demi-tour.
Pendant que le sort de Houffalize se jouait le 15 janvier, le SS.Obfhr
(Général) S.Stadler de la «Hohenstaufen » menait,
près de Sterpigny, un combat défensif contre une attaque
US venue de Baclain. Le chef de la «Spearhead» M. Rose,
décidait en effet que ses blindés débarrassent
la N.827 d'un verrou qui en interdisait l'accès entre Cherain
et Sterpigny. Soutenu par de l'artillerie, le Bataillon III/19 de
la 9 SS Pz.Div. repousse les Américains, en leur infligeant
une perte très sévère de 23 Sherman sur 50 engagés.
Le lendemain 16 janvier 1945, la poussée américaine
reprenait de plus belle en un affrontement sauvage dont Sterpigny
sera l'enjeu. Cette fois, les panzers vides de carburant ne pouvaient
tout d'abord faire face au rush américain. Après 4
heures d'un combat de rues acharné, à dix contre un,
le III/19 de I'Hstuf. (Capit.) Kummel, appuyé par quelques
panzers réapprovisionnés et le régiment 4.SS.Pz.Rgt.9
venu à la rescousse, recouvrera ses positions dans Sterpigny.
Le Panther d'un certain Oscha. (Adjudt.) Gussnerlach avait détruit, à lui
seul en deux jours, 13 chars et deux blindés de reconnaissance
américains ! (32)
Alors que le combat faisait rage autour de Sterpigny, une autre
poussée US de forte intensité cherchait à sectionner
la nationale N.827, à un niveau plus proche de St.Vith. Partie
des environs de Salmchâteau, elle se dirige vers le sud-est
avec la ferme intention de couper les routes du maigre ravitaillement
allemand et surtout de piéger les unités encore présentes
dans le moignon résiduel du Saillant. Par la N.68 l'attaque
remonte la vallée du Glain (= SALM au-delà de Salmchâteau),
avec l'intention de couper le corridor d'évacuation allemand à hauteur
de Beho, au carrefour des Quatre Chemins. Sur une ligne de front
raccourcie, de Cierreux à Honvelez, le Kommandeur S.Stadler
a rassemblé en un groupe cohérent les dernières
forces dispersées dont il dispose encore. On y compte de l'arrière-garde
de la 2 SS. Pz. Div et des lambeaux attardés d'autres unités,
appuyées de l'un ou l'autre panzer ou canon blindé autotracté de
type Sturmgeschütze À l'aide de charges, mines et grenades,
cette formation improvisée repoussera quand même la
progression blindée US, à Honvelez.
Le mercredi 17 janvier 1945, l'aile droite allemande tenait toujours
son bloc routier au sud de Salmchâteau, tandis que la gauche
hantait encore le champ de bataille de Sterpigny où une sorte
de calme régnait après la tempête ?

5. JUSQU'À BEHO, À LA POURSUITE D'UN ENNEMI QUI S'ÉVADE
À midi le 18 janvier, de gros camions GMC non bâchés
et lourdement chargés de troupiers quittaient le château
de Biron, par une température aussi glaciale qu'à leur
arrivée. Le transport du 2e bataillon (335th InfRegt/ 84th
US.Inf Div.) gagnait le secteur opérationnel qui lui était
désigné : les environs de Baclain où le
P.C. était installé. Ce bataillon, formé des
compagnies «F, et H (armes lourdes)», était dès
lors attaché à la Task Force « Richardson » du
Combat Command « Boudinot » de la 3th Arm. Division « Spearhead».
Déposés près de Baclain et harnachés
comme des mulets, les fantassins de la «G» et les artilleurs
de la «H» retrouvèrent vite la dure réalité de
ce qu'ils avaient vécu avant Biron : neige, froid glacial,
marche pénible, fatigue et amertume. Leur file indienne quitta
la zone de rassemblement, prit la direction de Sterpigny en se tenant
sur ses gardes et y occupa quelques maisons, à l'avant du
village. Les Allemands avaient quitté les lieux, mais leurs
observateurs n'étaient pas loin ! Vers l'est, on distinguait
la lueur des feux de bivouac et, dès qu'un G.I. montrait le
bout du nez, un ou deux projectiles s'abattaient aux alentours. Au
cours de la nuit, la Task Force « Richardson » nettoiera
d'ailleurs le tronçon de route d'où provenaient ces
tirs : le Bois du Beuleu, en direction de Gouvy (33).
Depuis les premières heures de ce jour, le Haut Commandement
allemand avait donné l'ordre formel de retirer de l'Ardenne
les corps blindés SS, appelés au Front de l'Est où la
situation s'aggravait. Au plus tard dans les trois jours, ce retrait
devrait être exécuté ! Si les débris
de la «Das Reich » pouvaient envisager leur retour immédiat,
il n'en était pas de même pour l'importante «Hohenstaufen» sans
laquelle le repli calculé vers le Reich virerait au sauve-qui-peut.
Sous la férule de son Kommandeur s'exécuterait une
délicate manoeuvre du recul pas à pas, tout en gardant
le contact, mais en évitant de se faire prendre à revers.
Dès ce 18 janvier, Sylvester Stadier ordonnait à son
SS.Pz.Gren. Rgt.20, appuyé d'un groupe du Pz.Pioniere. Bat.9,
d'engager des combats de diversion à hauteur de Courtil afin
de dissuader tout débordement sur son flanc droit, c'est à dire
sur la N.68 venant de SaIm-Château. Quant à ses forces
encore présentes sur la N.827, elles contiendraient de leur
mieux l'avance US jusqu'à ce que la prochaine ligne de défense
Beho-Wemperhardt permette un regroupement cohérent, avant
les dernières étapes du recul vers l'est (34).
Les positions allemandes si durement défendues à Sterpigny
avaient donc été abandonnées, mais le carrefour
de Halconreux près de Gouvy était bien verrouillé.
Sterpigny :
La journée du vendredi 19 janvier 1945 restera marquée
par la violente et mémorable tempête de neige qui régnait
sur la région, car le paroxysme de la rigueur hivernale ardennaise était
atteint. Le ciel bas restait profitable aux Allemands, qui n'avaient
alors rien à craindre des Jabos (chass.bomb.US). Leur mise
en place du dispositif tactique n'en était que facilité,
d'autant par un curieux silence qui faisait penser à une trêve.
On aurait dit que le contact entre les ennemis était rompu...
Très tôt, les fusiliers de la Cie «G» quittèrent
leur campement de Sterpigny pour prendre position sur la colline
boisée en direction de Gouvy. De nombreux abris, délaissés
par les Krauts, s'y trouvaient. Ils permettaient même d'y faire
du feu et leur faction nocturne n'en deviendrait ainsi que plus supportable,
d'autant par ce temps à ne pas mettre un chien dehors. L'interdiction
ne tarda point : c'était le retour décevant vers
le village et ses maisons sinistrées. Tout comme leurs prédécesseurs
de la première libération de septembre 1944, les gars
de la Cie « G » ignoraient que le site qu'ils convoitaient,
au Bois du Beuleu, avait été le théâtre
de la «Première mondiale pour le V2 sur Paris, le 8
septembre 1944 à 11 heures » ! (35) L'ordre d'un
demi-tour s'expliquait : le lendemain 20 janvier, un repos leur était
prescrit, au cantonnement même de Sterpigny qu'ils n'auraient
pas du quitter. Déjà du repos sans l'avoir vraiment
mérité ? Un coup dur prochain s'annonçait,
sans y paraître ! Et la confirmation ne se fera pas attendre :
au P.C. de Baclain, des instructions arrivèrent peu avant
minuit... La Task Force « Richardson», avec l'infanterie
et l'artillerie du 2nd Battalion du « 335th », marcherait
prochainement à l'ennemi.
Alors que les G.I.s fourbissaient leurs armes, une femme belge rôdait
autour du cantonnement d'un des pelotons. Elle parlait couramment
l'allemand, ce qui n'étonnait pas vu la proximité du
territoire germanophone, mais elle demandait à être
entendue confidentiellement. Un officier de l' «Intelligence »,
aidé d'un des rares soldats capables de jouer le rôle
d'interprète en telle circonstance, l'avait interrogée.
Elle se portait volontaire pour recueillir des informations utiles
derrière les lignes ennemies et se faisait forte de les livrer à bref
délai ! Le lendemain 21 janvier, veille de l'attaque
prévue, une patrouille de six soldats volontaires reviendrait
de l'avant, avec des indications sur les positions adverses à Gouvy.
(36)
Le Private first class (Pfc ) Henry Kissinger se trouvait à ce
moment sur les lieux, comme un de ses frères d'armes nous
l'apprendra plus loin. S'il ne fut pas le soldat-interprète
de cette anecdote, ses aptitudes le désignaient pourtant comme
l'homme de choix pour telle prestation. Un de ses biographes mentionne
qu’ «Au secteur opérationnel d'Aachen en décembre
44, il avait servi comme chauffeur-interprète du général
divisionnaire Alexander R. Bolling» (37). Un autre affirmera
que son ami et protecteur Fritz Kraemer, alors chargé de mettre
en place un «Intelligence Service» en territoire allemand,
l'avait déjà recommandé aux officiers supérieurs
de la 84th US Inf Div. pour sa capacité aux «renseignements
militaires» (38). L'Allemagne était à nouveau
proche : la haute destinée du jeune Allemand devenu Américain à cause
du conflit prendrait bientôt son envol ! Mais, avant de
vivre les péripéties qui feront de lui l'un des personnages
les plus puissants du monde, il n'était alors qu'un simple
soldat qui, comme les autres, aspirait sans doute à un sort
moins périlleux que celui de combattant des premières
lignes. Si Henry Kissinger fut le soldat-interprète en question,
qui pourrait s'en souvenir mieux que lui ?
Gouvy :
Le lundi 22 janvier 1945, à 8h30, le 2e bataillon quittait
Sterpigny, suivait la N.827 en traversant les pessières du «Beuleu» et,
après cette grimpette, parvenait en vue du carrefour d'Halconreux.
Le 3e bataillon s'écartait pour le laisser devancer. À l'avant
et à l'arrière, des chars escortaient les fusiliers
sur la route, mais ils se détournaient vers les bas-côtés
dès qu'on leur signalait des mines. Par froid et neige pour
ne pas changer, l'avance s'opérait « en colonne
d'escouades ». Après le détour d'un obstacle
routier, la «G» essuyait un barrage des mortiers ennemis,
pendant qu'un panzer non repéré tirait depuis les hauts
de Thier del Hate. L'avant-garde s'infiltre, de chaque côté de
la route, vers les cinq ou six premières maisons de Gouvy-village,
s'y accroche et nettoie leurs alentours. C'est alors que le chef
de ce premier peloton est frappé par un éclat d'obus.
Les hommes font tout pour sauver leur brave sergent Charles C. Jones,
mais c'était trop tard ! Un gentleman de grande valeur
tombait au champ d'honneur...
À leur tour, les autres pelotons dépassent l'avant-garde,
désemparée par cette perte. Ils atteignent le carrefour
de l'église où le curé les invite à venir
voir les dégâts faits par l'ennemi. Mais la bataille
n'est pas terminée et la section «mortiers» déclenche,
de là, un solide tir vers la gare locale où les Allemands
se sont retranchés. Au plus haut du clocher, le poste d'observation
règle ce pilonnage pendant que des fusiliers de la Cie «F» poussent
jusqu'aux lignes ferroviaires, qu'ils ne peuvent franchir :
le pont qui les enjambe est détruit, les mines truffent les
voies et les canons ennemis en interdisent l'accès. Cette
pugnace arrière-garde de la 9.SS.Pz. Div. n'est certes pas
prête à décrocher. Devant la difficulté d'attaquer
l'ennemi de face, la Compagnie «G» reçoit la mission
d'investir le quartier de la Gare à revers. Elle fera un large
détour sur la gauche et s'engagera vers le lieu-dit Les Jarbages,
où les remblais du chemin de fer devaient être franchis
avec moins de risques.
Aux talus du chemin de fer, la section «mortiers», gênée
par le poids de ses armes et munitions, ne suit plus la colonne.
Elle prend position derrière un bâtiment proche des
ruines du pont qui surplombait les rails. À l'abri du regard
de l'ennemi, elle profite là aussi d'une meilleure portée
pour ses tirs. Malgré la neige épaisse, la colonne
de la « G» poursuit sa progression. Après Dizo
l'Hé, elle retrouvera enfin la N.827 qu'elle avait quittée
trois heures avant, près de l'église à Gouvy-village.
Maintenant, pour achever son contournement de la défense ennemie,
il ne lui reste plus qu'à investir le Quartier de la gare
et la manoeuvre sera réussie. À 12h50, la Company G
atteignait son objectif. (39)
Le
support blindé de la Task Force «Richardson» avait
alors franchi les voies ferrées au prix d'un char déchenillé par
l'explosion des mines. La défense allemande semblait s'être
organisée autour des bâtiments de la station, mais un
solide bloc routier se dissimulait à proximité, entre
les lieux-dits au Mouton et au Naneu, au-delà de la Gare.
Sous la violente poussée des Sherman et des compagnies «G» et «E»,
l'arrière-garde de la «Hohenstaufen» décrochera
vers d'autres positions, les unes sur la route de Beho, les autres
sur celle de Ourthe. (40)
À Buffalo (N.Y.) en décembre 1986, l'ancien de la
84th Inf. Div. David C. Laing remettait une superbe décoration à Henry
Kissinger, son frère d'armes. Au nom des Vétérans,
il s'exprimait en ces termes : «C'est un grand honneur
pour moi en ce 42e anniversaire de la Bataille... Henry Kissinger
appartenait à la Company 'G' du 335th Infantry Regiment et
il prit part comme moi à la libération de Gouvy...
La Company 'G' combattait dans les rues avant que la Company 'E'
n'y pénètre et nous fûmes canardés par
un panzer, alors que nous descendions sur la localité.
À l'époque, Henry Kissinger était fantassin,
soldat de première classe et il termina la guerre comme sergent
d'état-major» . (41)
Beho :
Pendant la nuit, les pelotons n'étaient guère restés
inactifs. Les positions acquises dans Gouvy avaient été protégées
par des mines; des patrouilles observaient sans cesse l'ennemi. C'est
au-delà de la fourche, à la sortie de la localité,
qu'il fallait particulièrement se tenir vigilant. La surveillance
de la branche routière droite vers Ourthe concernait le 3e
bataillon du 335e régiment, alors qu'il incombait au 2e bataillon
(dont faisait partie la Company G) d'épier l'ennemi sur la
branche gauche vers Beho. C'est en effet sur cette N.827 qu'elle
progressera le lendemain...
Le mardi 23 janvier 1945 vers 6h00, donc bien avant que le jour
ne se lève en ce dur hiver, le 3e peloton de la Cie « G» marche
en tête du 2e bataillon sur la nationale 827. L'objectif du
jour consiste à atteindre un terrain élevé :
le site boisé Joffen à la cote 525. Il se trouve à proximité du
noeud routier crucial «aux 4 Chemins», qui donne accès
immédiat à Beho. Le but n'est pas seulement de nettoyer
la voie qui y conduit, mais encore de flanquer la droite du 334th
Inf Rgt qui, depuis Bovigny, a la mission de reprendre ces points
stratégiques importants. La Cie «G», après
avoir dépassé l'endroit d'où elle avait débouché la
veille sur la même route, est d'abord confrontée à un
barrage routier d'où part un tir automatique de dissuasion.
C'est de ses environs qu'un panzer de la 9.SS Pz. Div. tire par intermittence
sur tout ce qui s'engage, en contrebas, vers Ourthe ou Beho. D'ailleurs,
un autre panzer en fait de même, depuis Auf Tommen sur les
hauts « luxembourgeois», à l'est de la gare .
L'avance est freinée, le temps de convaincre l'ennemi qu'il
est temps de filer.
Une patrouille de reconnaissance, conduite par le sergent L. Nelson,
avait contourné ce barrage afin d'observer si le « 334th » approchait
de Beho, car la liaison avec cette unité manquait. Au retour,
un des leurs était fauché par le feu d'une arme automatique
postée à la lisière d'un bois. Le brave Michael
Tulay recevra la Silver Star posthume, mais le tir vengeur des mortiers
réduira la mitrailleuse au silence.
Le bloc routier ennemi avait été enfoncé et
le commandant de la Company G marchait en tête de son unité.
Promu lors du repos au château de Biron, le 1st Leutnt Harold
Haaseth appartenait à cette classe d'officiers qui ne se laissent
devancer que par les éclaireurs. Faisant le coup de feu parmi
ses hommes, il est fauché par une rafale ! Dans ses dernières
paroles, il enjoint aux siens de poursuivre leur mission et de ne
plus penser à lui : son propre devoir était accompli !
La nouvelle de cette perte se propage dans la colonne qui, sur la
N.827, reprend sa marche vers Beho dont on sait maintenant qu'il
est investi par les Railsplitters du «334th». Après
avoir essuyé le feu de l'artillerie ennemie, la Compagnie « G» occupe
le sud de la localité, y reste quelques heures jusqu'à la
nuit et repart à l'attaque sur la N.68, vers la croupe boisée
de Gesellenland d'où les tirs harcèlent encore Beho.
Le matin de ce mardi 23 janvier, le groupe des grenadiers rescapés
du SS.Pz. Gren. Rgt.20 s'était replié sur Beho, par
la Chapelle N.D. des Malades et Les Concessions, pour se former en
un fort Kampfgruppe de 200 hommes avec les restes composites de la
9.SS.Pz. Division et ses derniers panzers utilisables. L'extrême
limite pour obéir aux ordres du Haut Commandement serait dépassée,
si ce n'était le devoir impérieux de tenir encore une
journée pour éviter un Kessel, donc l'hallali sur une
arrière-garde aux abois. D'ailleurs ce jour-là, sur
ses arrières, la 7th US Arm. Div. s'emparera des ruines de
St.Vith... Il faut résister jusqu'à ce que la relève
de la «Hohenstaufen» par son homonyme de la Heer, la
9.Pz. Division, constitue la protection derrière laquelle
le Kommandeur S. Stadler pourrait considérer sa mission comme
accomplie. Par un ciel plus clair et sous la menace des Jabos, l'évacuation
se presse en direction de l'Eifel. Pour les Allemands, la défense
de la région frontalière Beho-Aldringen est celle du
Vaterland et c'est peut-être dans cet esprit qu'un baroud d'honneur
marquera leur ultime défense avant de décrocher. Le
matin à 8h.30, le Kampfgruppe avait donc contre-attaqué une
forte position du «334th» Aldringen, au lieu-dit Maison
neuve. Grâce à l'artillerie US, cet élan inattendu
avait échoué.

Très tard dans la soirée, des groupes d'Allemands
isolés hantaient encore les environs boisés de Beho
et tiraient leurs dernières munitions sur la localité.
Les fantassins de la «G» passèrent la nuit sur
la route N.68 dangereusement minée, en attendant de nouvelles
instructions. Il faisait glacial, une fois de plus. Mais certains
G.I.s très éreintés se couchaient par terre
et s'endormaient malgré tout. La plupart marchaient de long
en large, les mains dans les poches, pour ne pas geler sur place.
Ils attendaient impatiemment le lever du jour dans l'espoir de trouver
quelque cagna pour s'y blottir jusqu'à la relève annoncée.
Au cours de l'après-midi du mercredi 24 janvier, des camions
les ramenèrent dans le décor sinistré de Gouvy.
Pendant deux jours, la Company G restera donc à l'écart
des combats et des périls, puis elle séjournera à Xhoris
pour profiter d'un repos mérité jusqu'au 3 février
1945.
Triste bilan de sa présence en Ardenne, la modeste Company
G déplorait la mort de 13 de ses combattants, l'élimination
de 51 grièvement blessés ou très malades, la
perte d'un infortuné prisonnier qui ne reviendra jamais (43).
Deux Prix Nobel de future notoriété mondiale se sont
arrêtés à BEHO au cours de ses deux libérations
successives. Emportées dans le flux et le reflux des armées
en guerre, ces célébrités en puissance ne passèrent
là qu'une nuit, en route vers leur destin, sans pouvoir remarquer
l'église alors souffrante du conflit, dissimulant ses trésors
votifs intérieurs et ses précieuses reliques ostensibles
que l'officiant, aux temps heureux de la paix, montrait du haut de
sa rare galerie extérieure à loggia.
Le lundi 11 septembre 1944, la colonne libératrice du 22nd
Rgt (4th Infi Div.) du colonel Charles T. Lanham, venant de Houffalize,
avait investi Beho dès 13 h 30. Parmi les reporters accompagnant
cette percée vers les «dents du dragon» de la
Ligne Siegfried, il y avait un personnage peu conformiste, vêtu
d'un uniforme sans grade, barbu à souhait et bien campé.
Deux ou trois maquisards français, à l'air yankee de
circonstance, escortaient «Papa » depuis son «Q.
G. du bar de l'Hôtel Ritz » à Paris ! Ernest
Hemingway, car c'était lui, était connu des G.I.s pour
ses nouvelles, toujours marquées du goût de l'action,
de la virilité et de ses variations dans le comportement de
l'homme et celui de l'animal (44). À la vue de trophées
de chasse sur un manteau de cheminée, dans une annexe du Château
des Concessions, la narration de ses exploits cynégétiques
se déclenchait devant un entourage rendu, mais captivé par
son talent. Le Prix Nobel de Littérature 1954 évoquera
plus tard «la petite cité polyglotte de Beho» où des
gens du cru lui avaient adressé la parole en français,
en allemand, en Luxembourgeois teinté d'expressions wallonnes..,
et il y avait même rencontré une jeune personne qui
s'exprimait assez bien en anglais. (45)
Le simple soldat Henry A. Kissinger, quatre mois plus tard à Beho,
n'adressait sans doute pas la parole à des villageois qui
vivaient une libération dramatique très différente
de l'heureuse précédente. À moins de 22 ans,
son avenir ne connaissait alors aucun autre projet que celui de faire
des études, s'il survivait aux situations périlleuses
de tous les jours. Les capacités linguistiques et l'intelligence,
qui feront de lui «un interprète des services secrets
américains en Europe pendant la guerre et un administrateur
d'une petite ville allemande après la guerre», (46)
ne pouvaient être nécessairement appréciées
des officiers que dans un contexte germanophone. Depuis que son unité avait
quitté le secteur opérationnel de la Rur, le 23 décembre
1944, maintes occasions d'affermir l'appréciation de ses chefs à son égard
s'étaient évidemment présentées. La nécessité d'interroger
des prisonniers ou des civils, en allemand, requérait en effet
la médiation subtile à laquelle il était particulièrement
prédisposé... sans doute mieux que quiconque, par le
fait d'avoir été Allemand avant de devenir Américain
et d'en connaître ainsi les nuances.
Beho fut le tremplin modeste et insoupçonné de la
destinée extraordinaire de Henry A. Kissinger. Après
cette ultime prestation en Ardenne, des possibilités de pouvoir
pleinement démontrer ses aptitudes lui seraient offertes en
Allemagne. Sa Company G retrouvera son théâtre opérationnel
sur la rive est de la rivière Rur, le 10 février 1945,
non sans avoir d'abord connu une agréable remise en condition
morale et physique à Schaesburg, en Hollande. Quant à celui
qu'on surnommera un jour le «dear Henry», le destin réglerait
la suite…

Refusant toute promotion au grade d'officier, prouvant ainsi son
désintérêt pour les armes et les conflits sanglants,
c'est en 1946 qu'il rejoindra les États-Unis pour y entreprendre
des études universitaires qui le conduiront au professorat
en sciences politiques à Harvard. Tout à la fois conseiller,
négociateur, médiateur, diplomate, homme d'État, « grand
de ce monde», l'ancien G.I. de l'inoubliable Battle of the
Bulge d'il y a 55 ans se verra décerner le Prix Nobel de la
paix en 1973.

NOTES ET REFERENCES.
Avant-propos.
1. La Meuse-La Lanterne, dans rubrique «Entendu», jeudi
21 mai 1981. 2. Le Soir, dans Petite Gazette, «Citoyen d'honneur»,
2324 mai 1998.
3. B. MAZLISH, Kissinger portrait psychologique et diplomatique,
Postface, Presses Univ. De France, Edit. Complexe, Bruxelles 1977,
p.379.
I. L'américanisation de «Heinz» Kissinger.
4. Idem, op. cit., II, L'Amérique, la guerre et l'armée,
p. 63.
5. M. & B. KALB, Kissinger, 3. Premières armes, Édit.
R. Laffont Paris 1975, pp. 4649.
6. L. GRAILET, Après le premier V2, B. La première
Libération de l'Ardenne, dans Segnia (Houffalize), t. XIX,
fasc. 5 1994, phrase finale, p. 264.
7. E. ENGELS, La Bataille des Ardennes, Le choc des armées,
10. La 84e DI. américaine, Ed. Didier Hatier 1984, RTBF Charleroi-Namur,
p. 74.
8. C.H. MATSON Jr & EX. STEIN, We were the Line, A History of
Company G, 335th Infant.Rgt, 84th Inf. Div., Print. USA, 1946 et
1994, Addenda I, p. 208. Ce témoignage précis, jusqu'ici
méconnu, ne traite en particulier que des fastes de la Compagnie
et non du contexte opérationnel global des trois régiments
de la 84th US Inf. Division. Remerciements amicaux à Luc NOLLOMONT
(Segnia ) qui me l'a fait connaître.
9. Idem, Waha, p. 89.
10. Idem, Waha, p. 96.
11. Fl. LAMBERT, von Rundstedt dans nos vallées d'Ourthe
et Aisne... et les verrous du Nord Luxembourg, Chap. sept., Marche-en-Famenne,
L'assaut allemand pour prendre Hollogne et défensive de la
84th Inf Div., Ed. auteur, Aye 1997, pp. 225226.
12. H. MAYON (Cdt), La Bat. du Saillant, dans Tank Museum News n°42,
déc. 1994, pp. 820. Remerciements au Lt. Colonel M. DION
(TM.) pour info, sur des attachements blindés.
13. M. DELAVAL, St. Vith au cours de l'ultime Blitzkrieg de Hitler,
Témoign. non conform., Mardi 16 janvier, Du général
von Manteuffel, Ed. JAC, Vielsalm 1984, p. 346.
14. C.H. MATSON Jr & E.K. STEIN, op. cit. réf. 8, p.
96.
15. M. FERRERO, Kissinger; diplomate de l'impossible, Ed. FranceEmp.,
Paris, 1976, p. 17.
2. La Compagnie «G» monte en ligne pour la réduction
du «Saillant».
16. C.H. MATSON & EX. STEIN, op. cit. réf. 8, Amonines,
p. 102.
3. À l'assaut des positions ennemies du haut plateau.
17. Idem, Dochamps, p. 108.
18. Témoignage de Joseph SIMON (Dochamps), Gaston LAFALIZE
(Dochamps) intermédiaire, tous deux remerciés ici.
La Ferme de Benasse fut incendiée au cours du combat.
19. G.M. VON WALOENBURG, Rapport MS n° A.874, 20.2.1946, trad.
Luc NOLLOMONT, L'engagement de la 1l6. Pz. Div. du 27.12.44 au 16.1.45,
dans Segnia (Houffalize), t. XX, fascic. 4, 1995, pp. 176186.
20. L. GRAILET, O. Cit. réf. 6, p.223.
21. L. GRAILET, Première mondiale pour le V2 sur Paris, le
8.9.1944 en Ardenne belge, 5. Au Beuleu, lancement réussi
de l'ancêtre des fusées spatiales, Série V, 1996,
pp 36-38.
22 G.M. von WALDENBURG, Op. Cit., réf. 19, p. 183.
23. Témoignages Bérismenil, chez divers contemporains
des événements (juin 1999).
24. Ch. NOLLOMONT Jr (Cdt), Ardennes 4445, Résumé des
opérations militaires dans la région de La Roche-en-Ardenne,
Ed. Communale 1995, cartes du 3 au 16 janvier 1945, pp. 5275.
Les plans explicatifs synthétisent nos données, tant
alliées qu’allemandes. Cet ouvrage remarquable se pose
en document vraiment utile aux chercheurs.
25. Remerciements à Monsieur le Baron de Viron pour son accueil
au Château de Biron.
4. Le «goulet d'Achouffe» et « la voie classique
des invasions ».
26. A. DUBRU, L'anéantissement de Houffalize par les bombardiers
de la RAE, 30/31 déc. 1944 et 5/6 janv. 1945, dans Info Criba
n° 1, 1999, pp. 2033.
27. Ch. NOLLOMONT Sr (Dr. droit), auteur du délectable florilège
de folklore et d'histoire «Le Pays de La Roche », m'a
convaincu des nuances entre goulet et goulot. Amitiés !
28. H. RITGEN, Die Geschichte der PanzerLehrDivision im Westen 19441945,
Ruckzug ans Belgien, Motorbuch Verlag Stuttgart, Squizze 20, Seite
262-264. (C.D.H./Evere).
29. R. FLEET Jr (Capt.), The 66th Ann. Regt., Unit Report n° 3,
dans Segnia, t. XX, fasc. 2/3 1995, p. 100. Marcel et Gaston
LAFALIZE, voisins les plus proches, ont connu le repli allemand par
le Vieux Pont, son explosion, sa reconstruction par le Génie
US et les réquisitions de villageois pour aider dans la montée,
dès son débouché. Merci.
30. G.M. von WALDENBURG (op. cit., réf. 19) reconnaîtra
avoir échappé à l'anéantissement total.
Il attribuera cette réussite au fait que « le mouvement
en tenailles des forces alliées n'avait pas été assez
ferme et rapide» (dixit).
31. J.L.M. GREEN, Contact at Houffalize, dans Armored Cavalry Journal,
May-June 1949, Print, in USA, p. 41. À propos de la PanzerLehrDivision,
Cf. :
1° BAYERLEIN (Gen. Lt), Zusaetzliche Fragen Ardennen Offensive,
MS. A945, 5. 13, Oberursel 1946.
2° A. ZERBEL, ArdennesPZ.LehrDiv.,Beschreib.der Kampfhandl.vom
1220 Jan., Ruckz. von den Ardennen, MS.B049 von Gen.Lt E Bayerlein,
S. l7, Koenigstein 1950. Ch. NOLLOMONT Jr (Cdt), cf. réf.
24, est remercié ici pour ces 2 documents livrés.
3° J.C. PERRIGAULT, La PanzerLehrDivision, Les derniers combats
dans les Ardennes, La P.L.D. couvre le repli de la 7. Armee, Ed.Heimdal
(Bayeux), pp. 369371. Cet album historique est du plus grand intérêt
pour les chercheurs. Iconographie remarquable.
32. H. FURBRINGER, 9.SSPanzerDivision Hohenstaufen, Traduction et
adaptation de Georges BERNAGE, Ed. Heimdal (Bayeux), Chapitre II,
Bataille des Ardennes, 6e partie, pp. 503504. Cet ouvrage est exhaustif
comme historique de la Hohenstaufen.
5. Jusqu'à Beho, à la poursuite d'un ennemi qui s'évade.
33. After Action Report, 335th inf Rgt (84th1 ID), 18 January 1945,
9h00, p. 6. Voir répartition des 3 bataillons dans les Combat
Commands et Task Forces respectives. Remerciements amicaux au Colonel
d'Aviation er. (Ing.) Charles VIDICK (CDH/Evere), qui me livra aussi
copie de The Battle of the Ardennes, de Th. DRAPER (Sgt en 1946).
34. H. FURBRINGER, op. cit., réf. 32, p. 502 : «südlich
sudostwarts bis nach Wemperhaardt».
35. L. GRAILET, op. cit., réf. 21, Série V, 1996.
36. After Action Report, 335th Inf Rgt (84t1 ID.) : «6
soldats envoyés le 21 à 18h00». L'anecdote de
la femme germanophone figure à l'op. cit., réf. 8,
p. 122.
37. Ch. ASHMAN, Kissinger superstar, Chap. IV : Kissinger soldat,
Ed. Presses de la Cité, Paris 1973, pp. 5763.
38. B. MAZLICH, op. cit., réf. 3, p. 65. Dès fin janvier
1945, H. Kissinger aurait été chargé de fonctions
administratives militaires à Krefeld et serait même
devenu agent du contre-espionnage. Une mention «trans» (=
transferred to another outfit) existe en effet en regard de son nom,
dans nos archives : Liste «Original Men» (Company
G).
39. Th. DRAPER (Lt) , The 84th Inf. Div. In the Battle of Germany,
Ed.Viking Press (N.Y.) MCMXLVI, Part Two, The Ardennes, Chapt.VII,
The Battle of the Bulge, 10. «Beho to Gouvy to Ourthe»,
pp. 122-125. Cette référence fut toujours utilisée
pour évoquer la reconquête de la région de Gouvy.
Elle est de choix mais globale. Ainsi, l'action de la Company G (2nd
Batt., 335th Rgt) sur Gouvy et Beho n'y est pas mise en exergue.
40. De Beho, le repli allemand se dirigeait vers le carrefour «Schirm» et
Grufflingen. De Ourthe et Deiffelt : vers Oudler et Burg-Reuland.
Rassemblement à Habscheid.
41. Témoignage de David C. LAING, Grand Master of the military
Order of the Ardennes, à son ami belge André HUBERT,
Président honoraire du CRIBA/Liège. Cf. L'Estafette,
mensuel CRIBA n° 50, mai 1987, que m'avait alors transmis le
Dr J.M. DEHALLEUX.
42. Témoignages et entretiens amicaux avec l'érudit
Jean MORSOMME (Ourthe), remercié ici. Cf. L. BOURGRAFF & R.
GUILLOT-PINGUE, Ourthe dans la tourmente von Rundstedt, éd.locale,
juin 1994. Les Considérations finales sont cependant à prendre
avec une réserve certaine : E. Hemingway et H. Kissinger
ne sont pas passés ou n'ont pas séjourné à Ourthe !
L'écrivain, venant de Courtil en septembre 1944, logea à Beho
et continua sa route par Grüfflingen, Maspelt et Hemmeres. Quant
au futur Secrétaire d'État (USA), alors simple G.I.
du 2nd Battalion (Cie G 335th) il participa à la prise de
Gouvy, puis son unité reçut l'ordre de nettoyer la
N.827 jusqu'à Beho
43. C.H. MATSON Jr & EX. STEIN, op. cit., réf. 8, p.
136. À la fin du conflit, la Company G comptera 30 tués «à l'action»,
sur un effectif initial d'environ 193 fantassins.
44. Pierre MAURY, L'homme et l'animal : variations sur la virilité,
dans Le Soir, MAD, mard. mercr. 20/21 juillet 1999, p. 3. À propos
de «Happy birthday Ernest !».
45. L. GRAILET, Hemingway parmi les libérateurs de Houffalize,
dans Segnia (Houffalize), t. XIV, fascic. 2 1988, p. 62. (réf.
au Journal de guerre de EH., p. 19).
46. M. SIMALGILLIS, remerciements amicaux pour diverses confirmations
sur Internet.
Du même auteur : • Série
V
- Liège sous les V1 et V2
- Première mondiale pour le V2 sur Paris
- Le V3 harcèle Luxembourg
• DE L'OR EN ARDENNE
Toute correspondance ou renseignement sur ces publications,
chez l'auteur : Lambert GRAILET rue de la Casquette, 45 B4000 Liège
Tél. : 04/223.70.05

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